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Guerrier d'Un-Jour

losing a battle... still fighting for the war
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Lun 28 Déc - 23:13





Charlie Peterson
pour la famille, pour l'amitié et pour l'amour, je serai guerrier d'Un-Jour


Deux heures avant la chute du Mur ...

**

Les râles terrifiants des Étrangers derrière le mur l'obligèrent à déglutir. Ils seraient bientôt là. Charlie pouvait ressentir les respirations impatientes des soldats, les coups de sabot des chevaux Témériens qui piaffaient, désireux de détruire... Des armures brillantes, des lames grossières, des montures aussi monstrueuses que leurs cavaliers, des souffles chauds de meurtriers, affamés de tuerie... Il pouvait visualiser ces hommes et ces femmes aux démarches d'assassins, leurs sourires de colonisateurs sanguinaires, avides de Guerre... Il pouvait clairement se les représenter. Tout comme le visage impassible et glacial de Katharina. Il l'imaginait d'une beauté terrifiante avec des mèches argentées et une peau d'une blancheur extrême. Elle serait impitoyable, prête à tout pour s'emparer des Terres... Voleuse ! Son armée saccagerait les chaumières, mettrait le feu aux échoppes, massacrerait de leurs lames d'envahisseurs les pauvres âmes innocentes du Nord. Bientôt, il ne resterait plus rien de son peuple. Plus personne ne se soucierait d'être esclave ou noble. Plus personne ne s'inquiéterait du nombre de pièces dans sa bourse, de son statut, de son passé, ni de l'heure du thé. Tous n'auraient qu'un seul et même instinct : la fuite, pour survivre. Les villageois prendraient femmes et enfants sous le bras et passeraient le Mur avec quelques provisions. Les nobles soulèveraient leurs jupes et leurs chapeaux en s'enfonçant dans la forêt sans oublier la tenue du dimanche et celle du jeudi. Les Nordiens s'évaderaient comme ils pourraient tandis que des centaines de barbares fouleraient le sol de la ville, gourdins au poing. Charlie tremblait. Bientôt, cette même Terre serait le tombeau des siens. Bientôt la bataille ferait rage et Vivendale saignera.

Son coeur était noirci par la haine. Profonde, ancrée. Bien que forte, elle était nettement étouffée par un autre sentiment, plus oppressant encore. Celui de la peur qui lui nouait les tripes. Cette crainte maladive qui serrait sa gorge et tordait ses boyaux, cette frayeur incontrôlable, cette incertitude de l'avenir. Charlie était épouvanté, totalement effrayé. Qu'allait-il advenir de sa famille ? Il  fallait les sauver, les emmener loin d'ici. C'était sa première pensée, son unique préoccupation. La ville n'avait plus rien à leur offrir sinon la mort. Et elle n'avait plus rien pour les retenir, ses défenses étaient trop affaiblies. Il fallait partir. Sur le champ.

Il lança un regard diligent à son amie. La mèche brune devant ses yeux ne parvint pas à cacher l'angoisse qui l’étreignait. Elle paraissait forte comme ça, la mine confiante, la posture de guerrière. Mais ses iris noisette parcouraient les siens, discrètement à la recherche d'un soupçon de réconfort. Il pourrait lui donner un peu d'espoir, c'était ce qu'il avait toujours fait.

Dans l'enclave, ils avaient parlé de s'enfuir. Et pendant des années, l'idée n'était restée que pure utopie. Ça aurait pu marcher. Arianna n'avait rien qui la retenait, et Charlie rêvait d'aventure. Une vie au delà du Mur avait été possible pour eux. Combien de fois lui avait-il juré s'enfuir avec elle ? Combien de fois lui avait-il promis que tout changerai ? Il lui avait garanti qu'un jour ou l'autre, ils quitteraient le Nord. Peut-être qu'ils seraient allés loin, avec juste un cheval et un bagage. Peut-être qu'ils auraient longé la côte à pied pour s'installer dans un village tranquille. Ils auraient pu aussi trouver une grande cité et devenir riches. Qui sait ? Pourtant ils n'avaient jamais franchi le pas. Parce que lui était ancré à Vivendale, planté dans ce sol, amarré malgré lui à cette Terre. Parce qu'il lui était impossible de quitter sa famille, les emmener avec eux s'était révélé infaisable. Alors Aria et Charlie avait grandi avec l'espoir qu'un jour peut-être. D'habitude, c'était lui l'optimiste, c'était lui qui promettais. Ils avaient tant fantasmé à une autre vie.. tant aimé l'espoir. Ils avaient pensé s'en sortir. Un jour ou l'autre. Il baissa les yeux. Il avait menti.

Il passa vivement les doigts sur l'arrête de son nez pour effacer la tristesse et la honte qui marquaient ses traits... Plus rien ne les retenait à présent, ils pouvaient partir, tous ensemble. Alors il entoura son amie de ses bras, pour la ramener à lui. Il allait la sauver. Il allait tous les sauver. Il l'étreignit un instant, partagé entre le sanglot et le rire. Ils fuyaient encore, mais pour la dernière fois. Il avait enfoui son nez dans les longs cheveux de la jolie brune. Son poitrail était pris d'un hoquet d'euphorie. Il murmura dans son cou : « On va partir Aria. » Il se redressa et saisit dans ses grandes mains les épaules frêles de sa complice. Une lueur de joie traversa ses prunelles claires, il était attisé, agité, impatient. Nerveux aussi. Nerveux surtout. Elle fronçait les sourcils, confuse. Il soutint son regard, la fixa intensément pour qu'elle l'écoute attentivement. C'était important. « Il n'y a plus rien ici pour nous. C'est ce qu'on attendait, une brèche. On peut s'en aller maintenant. » Son cœur battait la chamade. « Je vais chercher ma mère, je prépare les petits, je préviens toute la bande et on file ! On a juste à attraper quelques vivres au passage, deux ou trois vêtements. On a besoin de rien d'autre, on ... Aria ? » Elle ne réagissait pas comme prévu. Elle avait baissé la tête et abordait une mine désolée. « Aria ? Qu'est-ce qu'il y a ? » Il prit son menton entre ses doigts et l'obligea à faire face. Déconcerté, il perçut sa tristesse sans la comprendre. La jeune femme secoua la tête pour chasser les larmes. Elle força un sourire que Charlie lui rendit gentiment. « Tout va bien ? » Elle hocha, les lèvres pincées, les joues rosies. « Oui tout va bien.  » Il la crut, alors il sourit plus franchement en frottant doucement son bras. Arianna reprit sur un ton plus confiant: « Vas les chercher. On se retrouve après la rue du boucher. A l'angle. » Il aurait pu voir son regard trop déterminé, son rictus douloureux. La pointe d'hésitation dans sa voix, la trace de regret sur sa bouche. Il aurait du voir tout ça. Et lorsqu'il la serra contre lui pour se donner du courage, il aurait pu comprendre. Il la connaissait trop bien pour manquer les signes. Seulement Charlie était aveuglé par la confiance et par l'enthousiasme, étouffé par l'espoir. « A tout à l'heure ! » Il l'embrassa furtivement, elle le regarda partir. Il aurait du savoir ... qu'Arianna disait au revoir.





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Mar 29 Déc - 12:44





Charlie Peterson
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Dernière minute

**

Il filait à toute allure à travers la foule, poussait sans ménagement les gens sur son chemin. Le temps s'écoulait trop vite, il n'y avait plus une minute à perdre. Il zigzaguait dans les ruelles du village, rapide et précis. Il connaissait ces dédales sur le bout des doigts pour les avoir parcourus des centaines de fois. Il freinait violemment en s'accrochant aux murs des bâtisses, tournait en vitesse et accélérait sur les longueurs. Son visage était sérieux, concentré, déterminé. Les rues s'étaient vidées en quelques heures, ce qui rendait son ascension encore plus rapide. Seuls les inconscients restaient dans leurs chaumières, seuls les fous restaient à Vivendale. Eux, ne seraient ni inconscients, ni fous. Ils partaient.

Il entra brusquement dans le logis familier, essoufflé, fiévreux. D'un regard circulaire il évalua la situation. Sa mère était là, assise à la table, un tricot entre les mains. Une de ses sœurs à ses pieds, posait des couleurs sur un papier. Personne d'autre. Il fallait qu'il les trouve.. Charlie se précipita vers les deux femmes. « Qu'est-ce que vous faîtes ? » Il était troublé. Pourquoi étaient-elles si calmes alors que tout allait si mal ? Elles avaient l'air bien trop détendues à son goût. « Mam,  qu'est ce que tu fais ? » Elle l'ignora, ou peut-être ne l'avait-elle pas entendu. Il attrapa son épaule et la secoua doucement. «  Mam ? » La vieille avait la laine entre ses doigts, mais elle n'y touchait plus. Elle se tenait droite sur sa chaise, le regard au loin, perdue dans ses pensées. Charlie paniqua. « Mam où sont les autres ? » Il se tourna vers la gamine, affolé. « Mel qu'est-ce qui' s'passe ? » Elle leva lentement ses grands yeux gris vers le frère. « Maman a dit qu'on devait rester. Si on ne se défend pas contre l'armée, aucun mal ne nous sera fait. » Il se figea et son sang se glaça. Il crut entendre un soldat du HG. Oh sa tendre Mel ... il approcha doucement de la fillette et s'agenouilla à sa hauteur. « Qu'est-ce que tu dis chérie ? Qui a dit ça ? » Elle haussa les épaules. « Maman l'a dit. Maman a dit qu'on devait rester à la maison, pour notre sécurité. » Charlie se gratta le crâne, les traits tirés par la panique. Par dessus son épaule, il jeta un coup d'oeil à la bonne femme. Toujours immobile sur son siège de bois, elle fixait un tableau sur le mur. C'était un vieil objet où figurait un champ de fleurs jaunes à la peinture à l'huile. Il n'avait jamais su ce qu'il représentait, il n'avait jamais cherché à en comprendre le sens, il la savait simplement très attachée au tableau. Son mutisme le déstabilisait mais il avait compris... Elle ne quitterait jamais Vivendale ... Il se leva pour faire face à la mère. « Mam, j'emmène Mel. Je pars. » Elle ne bougea pas. « Si tu te décides à venir, on se retrouve dans la forêt, comme on avait dit. » Il prépara un sac de vivres, une couverture et un pull à Mel et finalement, ajouta tristement. « On t'attendra. » Il n'avait pas le choix, il n'avait pas le temps de la convaincre. Alors le jeune homme attrapa la gosse par les aisselles et la souleva pour la caler contre lui. « On va où Charlie ? » Il passa le sac dans son dos et se dirigea vers la sortie. « On s'en va Melly. Maman nous rejoindra plus tard. » Ils quittèrent la bicoque et la porte se ferma sur l'image de la vieille, secouée par un sanglot.

Ils partirent à la recherche des autres Peterson et trouvèrent Luke quelques minutes plus tard, dans les écuries. « Charlie ! Bon sang où étais-tu passé ? Katharina arrive ! » Il avait une bride à la main et un bagage près d'un boxe défraichi. « Longue histoire. T'as un cheval ? » Luke se frotta la tête. « Oh ben, il est pas à moi mais j'ai pensé que .. » Charlie le coupa, installa Mel en haut de l'animal et s'approcha de son frère. Il plongea le regard dans le sien, plus alerte que jamais. « Ecoute-moi. Tu prends le cheval, tu pars avec Mel. On se retrouve dans la forêt, au rocher noir. Où sont les autres ? » Le garçon comprit l'importance de la situation. Tout s’accélérait. « Ils sont au village, là où on devait se rassembler. » Charlie hocha et ne lui laissa pas le temps d'ajouter quoi que ce soit, il tournait déjà les talons. « Hé ! Tu vas faire quoi toi ? » L'interpellé pivota et continua sa marche à reculons. Le doigt pointé vers son jeune frère, il lui donna les consignes d'urgence: « T'occupe. Cache-toi là-bas et attends les autres. Si Katharina passe le mur et que je ne suis pas là dans trois heures, ne te retourne pas. » Et il quitta les écuries en vitesse.

Au moins ces deux-là étaient saufs. Il avait repris sa course et s'était frayé un chemin entre les tentes de fortune. Il repéra rapidement le reste de la troupe. Ils avaient tous des bagages plein, comme le leur avait conseillé les soldats. Au moins, ils étaient prêts à partir. Charlie leur donna les indications: le rocher noir, leur mère, les trois heures. Mais les cris derrière le Mur devinrent plus forts, plus impatients et Charlie crut même y percevoir une tonalité victorieuse. Un bruit sourd, des cris guerriers, des cris panique et une immense vague de poussière recouvra la place du village. Vivendale hurla.



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Mar 29 Déc - 17:46



Charlie Peterson
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Tout s'effondre

**

Un brouillard jaune les enveloppa. Un nuage épais, de poussière. Mauvais présage. Autour de lui, on toussait, on s'étouffait, on crachait la poussière. On ne voyait que des formes floues au devant, tel un paysage dévasté. Les villageois retenaient leur souffle, les gardes postés en hauteur tendaient leurs arcs, préparaient leurs flèches, ceux au sol avaient dégainé les épées et baissé les visières des heaumes. Ils attendaient la mort. La terre trembla avec le Mur. Et une marée de soldats se déversa dans la cité. Un flot  de parasites. Les hurlements conquérants des barbares se mélangeaient à ceux des Nordiens terrifiés. La panique. Les villageois grouillaient comme des fourmis mal organisées, ils couraient dans tous les sens, s'écrasaient les uns les autres pour sauver leur peau. Les familles furent séparées dans le fouillis, des mères cherchaient leurs enfants, des hommes avaient le nez en l'air pour retrouver les leurs. Charlie aussi. Il s'était fait emmené, accroché malgré lui à des bras, des jambes, des sacs. Il nageait à contre-courant, luttait pour retourner au point de départ. « Adam ! Sara ! » Il se noya. On lui marcha sur les pieds, on lui broya une main, un coude, un genoux rencontra ses côtes. Il grimaçait. L'angoisse lui noua la gorge, l'épouvante lui plomba l'estomac. Il ne savait plus quoi faire. Il résistait en vain. Le désespoir l'envahit et il devint plus agressif, plus violent, comme les autres. Il poussait, frappait, forçait un passage. « Adam ?! » Où étaient-ils, où étaient-ils ?

« Charlie ! » Parmi toutes les voix, parmi tous les cris, il retint celui-ci. Alors il fonça. Il écartait la masse de ses mains, avançait en tirant, balayant, repoussant les autres. Il augmentait en sens contraire. Les gens fuyaient et Charlie progressait vers le cœur du combat. Les premiers cris de douleur le stoppa dans son élan et il perdit plusieurs mètres. Il était pétrifié. Il entendit les lames terrasser de leur son rapide, métallique, meurtrier. Elles coupaient des têtes, tranchaient des gorges, perçaient des corps. Des dizaines, des centaines. Contre des milliers de sauvages. Les chevaux Témériens surplombaient les petites gens. Charlie les voyaient au loin, brides tendues, montés par des guerriers en cuirasses grises, par des barbares torses nus, le corps peinturé et déjà du sang Nordien sur leurs haches. Les larmes inondèrent son visage, il ne lutta pas, il ne les sentit même pas. Et puis il reprit une pincée de courage et fendit la foule.

« Eden ?! » il s'égosilla. Il hurlait de toutes ses forces. Il essayait n'importe quoi. Il cria les noms de ses frères, de ses sœurs. Il siffla pour les appeler, il indiqua sa position en levant les bras en l'air, et puis il  beugla les indications de tout à l'heure. Le Rocher Noir, ils devaient se retrouver au rocher noir. Il avait le menton relevé pour voir plus loin, il s'époumona, il gémit, il s'étrangla. Ils avaient du être emportés par la foule, eux aussi. Charlie toucha son front brûlant d'une main tremblante, les yeux hagards, il était dévasté. Il ne les trouvait pas. C'était trop tard. Il était planté là, entre deux tentes. Des gens le frôlaient sans qu'il ne les voit. Et bientôt, certains tombèrent à ses pieds. L'armée de Katharina avait affaibli les premières forces. Ils étaient entrés. La ligne de soldats au pied du Mur n'avait pas fait long feu. Charlie réalisa. Alors il se mit à courir lui aussi, le désespoir les submergea tous.

Le son des armes qui s'entrechoquaient le faisait trembler. Il était terrorisé. Ses frères, ses sœurs. Ils étaient là quelque part. Il continuait de crier, de les chercher du regard, tout en se mélangeant aux fourmis affolées. Il vira à gauche, s'engouffra dans une rue déserte. Il rejoindrait la grande rue par l'autre côté, il connaissait chaque recoin du village. C'était son avantage. Et puis il pensa à sa mère, sa pauvre mère toute seule dans sa maison délabrée, les yeux fixés sur son tableau jaune. Les autres s'étaient peut-être enfuis, mais leur mère n'avait aucune chance. Ils allaient la réduire en pièces. Quand ils arriveraient à leur adresse, ils forceraient la porte et planteraient leurs lames dans son vieux corps. Jamais ils ne la laisseraient vivre, elle avait tord d'avoir confiance. Pas d'action pacifique pour les Témériens, pas de réflexion, que des victimes. Ces monstres ignoraient tout de la négociation, ils étaient là pour les tuer tous. Charlie le savait, il l'avait vu.

Alors il dévia sa course et reprit le chemin de leur maisonnée. Des soldats gris s'étaient déjà engouffrés dans leurs ruelles et prenaient d'assaut les vieilles baraques. Les Nordiens et les Ombrageux repoussaient férocement les ennemis, mais Charlie ne s'en souciait pas. Il filait encore, à une rapidité surprenante, l'adrénaline bouillait dans son sang. Il évita un troupeau de Témériens et prit un raccourci. Il entra dans la maison en démolissant la porte. « Mam ??! » Elle n'était plus sur sa chaise. Le tricot était là, la pelote de laine était tombée sur le sol. Il chercha partout. Elle n'était nulle part. Il eut le réflexe de passer une main sur son front et il prit une grande inspiration. Elle avait du changer d'avis. Elle était sûrement partie au rocher. Il jeta un coup d'oeil sur le mur. Le tableau jaune trônait là, toujours à la même place. Immortel. C'était peut-être l'unique chose qui ne changerait jamais.

En voyant le reste de vivres dans le seau, il pensa à Aria qui devait l'attendre dans la rue du boucher. Son coeur s'accéléra de nouveau. Il fallait courir.

Les bras en angle droit, les poings serrés, Charlie courait, il courait à en perdre haleine. Ses jambes se mouvaient à toute vitesse, ses coudes faisaient des allées et venues contre ses flans, il traversait les rues du Village avec ce même désir, éternel, chronique. Celui de sauver les siens. Et si Arianna l'attendait toujours, appuyée contre le muret de pierres en face de la boutique ? Et si elle ne voyait pas arriver le sauvage dans son dos ? Il hurla son nom. Pour la prévenir du danger. Il fallait qu'elle fuit. Il pria pour qu'elle ait eu la bonne idée de sauver, pour qu'elle ne l'ait pas attendu. Si jamais elle était blessée à cause de lui, il ne se le pardonnerait jamais. Le blond arriva finalement dans la ruelle. Silence. On n'entendait que son souffle haletant. Pas d'Aria. Pas de barbare. Il ne savait pas s'il était soulagé ou non. Peut-être qu'elle n'avait jamais atteint le point de rendez-vous ? La panique revint se coller sur ses traits. Tout allait de travers. Ils auraient du partir depuis longtemps. Bien trop longtemps.

Un bruit dans son dos et il fit volte-face instinctivement. « Ar.. ? » Mais ce n'était pas la brunette, ni sa mère, ni aucun de ceux qu'il cherchait désespéremment. C'était un Témérien. Un homme, bien plus grand que lui, bien plus impressionnant. Un de ceux sans chemise, avec des couleurs sur le torse et du sang sur la lame. L'homme le plus menaçant qu'il avait rencontré. Il n'osait plus respirer. Charlie fit un pas en arrière. Le soldat en fit un en avant, pianotant ses doigts sur le métal de son arme. Le jeune homme recula encore. S'il courait en sens inverse, il pourrait le semer. Il repéra aussi une fourche contre le mur sur sa gauche. Si les choses tournaient mal, il lui suffirait de tendre le.. Trop tard. L'immense Témérien n'était qu'une diversion. On venait de le plaquer violemment sur le sol. Son crâne heurta le chemin de terre. On lui tenait les mains en arrière, un genoux était posé dans le creux de son dos, lui interdisant tout mouvement. Il se débattit. La brute l'écrasait de tout son poids et Charlie se tortillait sous son agresseur. Il pouvait bouger ses pieds, ses épaules. Alors il gesticula comme il pouvait. Peut-être que les monstres au dessus de lui se lasseraient. Charlie voulait vivre. Pas seulement pour lui, mais pour tous ceux à qui il tenait. Il grognait, impuissant. On le força à se relever. Le deuxième Témérien était tout aussi imposant que le premier. Il déglutit. « Laissez-moi partir ! » Les deux monstres l'ignorèrent et le trainèrent derrière eux. Pourquoi ne le tuaient-ils pas ? Peu importait, il vit la parfaite occasion. Les brutes ne faisaient déjà plus attention à lui. Charlie les repoussa et en un quart de seconde il avait atteint la fourche. Il la pointait désormais en avant pour garder à distance les soldats. « Aller, battez-vous ! C'est tout c'que vous savez faire ! » Il crachait, fou de rage. Les sauvages s'avancèrent prudemment sans un mot, lançant des menaces avec leurs yeux. Les gens se battaient dans les rues adjacentes. Il entendit les fracas, les protestations et il fronça les sourcils de douleur. Ca ne pouvait pas arriver, ça ne pouvait pas se passer comme ça.. « Dépose les armes et ta vie sera sauve. » Charlie reporta son attention sur le sauvage, stupéfait. Alors ainsi, Katharina prenait la ville pour remplacer le HG. Elle volait le pouvoir, s'appropriait les Terres, pour semer plus de terreur, pour répandre la mort. Il en avait assez de ces dictateurs, de ces politiciens gourmands et égoïstes et de ces soldats naïfs qui exécutaient bêtement les ordres. « Allez vous faire foutre. » Et il avança la fourche vers ses agresseurs. Il en aurait probablement touché un si une silhouette familière n'était pas passée au bout de la rue. Dans son vêtement foncé, cette tête brune, cette démarche empressée. Il l'aurait reconnue entre mille. Arianna.

Il courut. Encore. Encore plus. Toujours. Toujours plus vite. Elle était là, elle n'était pas partie. Elle n'avait pas réussi à fuir la ville, elle n'avait pas eu le temps. Charlie avait semé ses ravisseurs alors il laissa tomber la fourche dans sa course. Où était-elle passée ? Des pleurs, bien trop familiers. Il prit la prochaine ruelle. Elle était là, aux pieds d'un guerrier en noir. « Aria !! » Il voulut aller vers elle. Il l'appela encore. Elle ne vit pas Charlie. Parce que déjà, elle sombrait. Elle était allongée perdue entre d'autres corps, enfouie dans une masse cadavérique. Alors il sut. Quand elle ne se releva pas, il sut qu'elle était morte. Il sut que c'était fini. Il tomba à genoux, le corps agité d'une douleur intenable. Il dut presser sa poitrine à deux mains. La bouche ouverte pour crier, ses lèvres tremblaient, ses dents claquaient. Sa respiration saccadée, l'empêchait d'hurler. Il voulut se pencher sur le corps, la serrer contre lui, toucher sa joue, toucher ses bras, embrasser son front. Il voulut lui murmurer à l'oreille des mots doux pour la rassurer, pour la consoler, pour lui dire que tout irait bien désormais, qu'elle s'était bien battue. Il voulut lui avouer combien il était désolé, que tout était de sa faute et qu'il aurait du la sauver. Il voulut la pleurer à jamais. Il voulut lui demander pardon, pour toutes les promesses non tenues, pour l'espoir vain dont il l'avait nourrie toutes ces années. Il voulut lui avouer ses fautes, ses erreurs, ses mensonges. Il voulut qu'elle le voit tel qu'il était vraiment, un traître, un trompeur. Il voulut qu'elle le déteste comme il se détestait lui. La douleur était trop forte. Il posa ses mains au sol, le corps tordu, contracté. Fatigué, vacillant, il implora le sol. Il frappa du poing, la Terre de Vivendale qui lui avait tout arraché. Il maudit le destin, la fatalité. Il se maudit lui, pour ses rêves, pour ses faux-pas, pour avoir tué Aria.
Les deux brutes l'avaient rattrapé et l'un d'eux lui asséna un coup sur la nuque. Charlie, déjà à terre, s'effondra totalement. Il était là, à l'autre bout de la ruelle, à l'opposé du corps de son amie. Et on le tira pour l'emmener, loin d'elle, loin des siens, loin de tout.
C'était la fin d'Aria, c'était la fin de leur amitié.
Charlie n'avait plus de famille, Charlie n'avait plus l'espoir. Et pourtant, ce n'était que le début du combat.



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Sam 9 Jan - 20:51



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Strong spirit strong mind

**


L
es doigts serrés dans sa paume, les jointures de ses mains étaient blanchies, les veines de sa peau menaçaient d'imploser. « Parle ! » Il serra les dents, se prépara à ce qui allait suivre. Le poing vint se ficher dans sa joue avec force et l'obligea à relâcher la mâchoire pour cracher le sang qui lui montait dans la gorge. « Parle ! » On recommença. Il cracha encore. Le géant approcha son visage féroce et empoisonna le prisonnier de son haleine suffocante. « Je sais que tu sais quelque chose, je le sens. Et j'ai d'l'instinct mon gars. » L'homme attrapa à pleine main une poignée de cheveux pour tirer sa tête vers l'arrière. « Dis-moi ce que tu sais ! » On l'obligea à faire face. Charlie déglutit difficilement, la nuque douloureuse, les joues engourdies mais l'esprit toujours solide. Une lame effleura son col. Le frisson qui l'avait parcouru les premiers jours, ne se montra pas cette fois-ci. Charlie était muet. « Parle misérable ! Parle, ou subit. » Comme une promesse... Le regard déterminé, il fit comprendre au tortionnaire que ce serait la deuxième option. Alors il serra vite les dents. Le poing trouva rapidement son chemin jusqu'à son visage.

« Ces villageois sont totalement inutiles, moi j'te l'dis. Je sais pas ce qui lui prend à la Reine, de vouloir les interroger. Ils sont au courant de rien, c'est une perte de temps. » Une chaise racla le sol. « Hé Katharina a bien raison. Imagine que l'un deux sait tout sur le HG et que tu abandonnes avant de l'faire craquer. Rien qu'un nom, ça nous avance... Et puis une perte de temps ? Sérieusement ? T'as quelque chose de mieux à faire peut-être ? » On grognait, on protestait. Et puis on finit par rouvrir la porte de la petite cellule de cloisonnement. Le géant entra et pressa ses mains l'une contre l'autre pour faire craquer ses articulations. « Aller mon gars, on a pas fini toi et moi. » Charlie leva la tête, suffisant et provocateur, entraîné à sa dose d'adrénaline. La routine.

Charlie ne céderait pas. C'était le quatrième jour. Quatre jour depuis que Vivendale avait perdu, mais tout  n'était pas perdu pour lui. Il avait trop de volonté, il avait trop d'espoir pour ses frères, pour ses soeurs. Il pensait qu'ils s'en étaient tous sortis. Jamais les Témériens ne réussirait à le briser, il avait trop de volonté. Charlie s'était muré dans un silence rassurant, preuve de sa détermination, et son interrogateur n'avait jamais pu lui soutirer une seule syllabe. Et ça l'enrageait, le géant. Le matin du cinquième jour, on vint chercher Charlie, accompagné d'un autre type. Plus petit, chétif même. « Prêt pour ta séance ? Cette fois tu vas parler mon gars, moi j'te l'dis. » On le souleva par la chemise trouée, le tira par les chaînes et le colla sur sa chaise, devenue bien trop familière. Le nouveau tourna autour du duo, en observateur. L'enragé lança son poing pour démarrer les festivités. « Si tu parles pas, ça va durer longtemps mon gars. Tu f'rais mieux de te lancer, t'as rien à perdre après tout. Si tu sais rien et que c'est prouvé, ce s'ra fini toute cette baston. » On lui tapota l'épaule pour l'encourager à se dévoiler. Il resta de marbre. Le chétif avait posé deux doigts dans le creux de son menton, comme un expert de torture. « Avez-vous essayé des méthodes plus radicales ? » On le prit mal. On le prenait toujours mal quand on critiquait son boulot. « Du genre ? » Le chétif eut un fin sourire, inquiétant et on haussa les sourcils, espiègle secret.

L'expert en torture prit la relève et le géant ne vint plus souvent lui ficher son poing dans la figure, se contentant de rester dans le fond de la pièce en lançant une remarque acerbe pour commenter le spectacle. Dans tous les cas, Charlie n'avait plus de nouvel hématome sur le visage -pour le moment- Seul point approximativement positif, pour le reste c'était pire. De temps en temps Charlie regrettait les coups dans l'estomac. Cette fois-ci on ne plaisantait pas. Parce qu'un prisonnier qui ne dit rien, on suppose qu'il garde un secret. Un misérable villageois muet, ça interpelle. Le chétif rentra dans la pièce, son habituel air penseur sur la face. En longeant le mur, des papiers dans les mains, le tortionnaire se régala. « Hm. Charlie Peterson. » Victoire, Charlie avait relevé la tête aussitôt. « Villageois de naissance, fils d'une vieille couturière, grande famille. Hm hm. » Il fut trop surpris. D'où savaient-ils ça ? « Vous connaissez une certaine Mapple ? Brunette, chouette enfant, volonté de fer. » Oh non. « Mais le chantage marche toujours. » Il vit dans ce regard vicieux, un filet de folie. Katharina n'avait-elle que des monstres à son service ? Etaient-ils tous aussi barbares ou gardait-elle les plus détraqués pour les interrogatoires ? « Ainsi Charlie Peterson. Où est votre famille ? » Une minute. Pourquoi on lui demandait ?.. S'ils ne savaient pas, c'étaient que les siens avaient fui Vivendale à temps. Il se félicita d'avoir espéré, il se félicita d'avoir tenu sa parole cette fois. Un rire sourd monta dans sa gorge. Le sourcil du chétif se souleva dans un geste lent, interrogateur. Le villageois se redressa, passa la langue sur ses dents et se délecta de la suite, comme l'autre s'était délecté avant. Un sourire hautain et confiant se ficha sur le bout de sa bouche, et jouissif, il osa : « Faîtes ce que vous voulez de moi. Torturez-moi, écorchez-moi vivant, menez-moi au bûcher, montrez-moi la potence, trouez-moi la peau, laissez-moi crever dans une cage, menacez ma famille, pillez ma ville, saccagez ma maison. Jamais, jamais, jamais vous ne briserez ça. » Il pointa son front, avec un sourire tordu.


FIN


Spoiler:
 



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