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Vinciane de Habstône — Petite princesse chancelle sans ses ailes

losing a battle... still fighting for the war
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Lun 14 Mar - 22:38





Photo © Unknown ; Retouches © Dezbaa


Vinciane Thaïs de Habstône
— « Stuck in childhood ? » —
Depuis quelques années, Vinciane commence à croire que si « enfance » rime avec « innocence », ce n'est pas tout à fait un hasard. Avant, ce n'était qu'une assonance comme une autre. Elle lui évoquait des images claires, épurées, tranquilles et belles. C'était vraiment poétique. Désormais, elle s'entache du liquide mémoriel, elle s'enroule dans le drapé du souvenir. La rime lui paraît aussi amère que douce. Sur le moment, elle saisit d'un élan de joie, puis elle laisse un arrière-goût douloureux. Être un enfant... elle n'a, finalement, rien connu de plus simple. Il s'agissait de se laisser porter. On ne contrôlait rien, mais on avait l'impression d'être le roi du monde. A vingt ans, on doit être sorti de l'enfance. Si on le refuse, la vie s'évertue à nous arracher notre innocence. Elle nous bafoue jusqu'à ce que l'on abaisse les barrières et que la pureté s'échappe à grands coups de sanglot, jusqu'à ce que le corps ne la vomisse et ne s'arrache les tripes. Même être enrubanné dans le cocon de la haute société ne suffit pas. Pis encore, on s'y croit à l'abri, tandis qu'en réalité... on fonce droit dans le mur, sans protection.


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« L'homme est né lorsque pour la première fois, devant un cadavre, il a chuchoté : Pourquoi ? » André Malraux


physionomie
Vinciane a toujours mené une vie prospère. Elle n’a manqué de rien et, enfant, quiconque ne cédait pas à son caprice subissait son courroux. Elle voulait ; elle avait. Petite fille intenable, elle faisait vivre un enfer à ses proches. Son caractère n’a fait qu’empirer jusqu’à ce que sa mère, alors qu’elle avait quinze ans, quitte le monde tangible. A partir de là, elle a cessé d’exiger. Elle a porté un regard nouveau sur le monde et l’a vu tel qu’il est vraiment : les gens se préoccupent trop du matériel, du perceptible, de l’avoir, tandis qu’ils devraient se concentrer sur l’immatériel, l’imperceptible, l’être. Elle a compris que la véritable valeur de la vie réside en elle-même. Ce qui est beau, ce ne sont pas les parures ou les étoffes ; ce qui est beau, c’est ce qui se niche en chaque être, c’est ce cœur qui palpite brutalement, comme s’il envisageait la possibilité de devoir s’arrêter à tout moment. Le frémissement d’une pupille dont la lumière se joue vaut tout l’or du monde. C’est la vie incarnée, le souffle porteur, l’espoir prochain. C’est le futur. Dès lors, elle a essayé de profiter au maximum des gens qu’elle appréciait. Elle a tenté d’être toujours là pour eux.

Cette douceur pour l’autre est innée. Certes infernale, la petite fille n’en était pas moins dotée d’une tendresse exceptionnelle. A l'époque, elle la manifestait surtout envers les animaux. Chaque matin, elle courait à l’écurie pour prendre soin des chevaux de son père. Elle leur distribuait des morceaux de pain ou des pommes qu’elle avait réussi à voler au petit-déjeuner. Elle n’a, d’ailleurs, jamais perdu cette habitude. Ses parents ne l’ont jamais autorisée à monter à cheval, malgré ses nombreuses requêtes. Lorsqu’elle a approché de la vingtaine, elle a commencé à développer cette appréhension, cette idée qu’elle ne tiendrait jamais en selle, et que pratiquer l’équitation pourrait devenir une activité dangereuse. Elle a conçu cette crainte qu’elle ne s’avoue pas tout à fait, mais qui l’a conduite à n’émettre aucune demande auprès d’Andrew. Peut-être aussi a-t-elle fini par se résigner. Toujours est-il qu’elle continue à apprécier la présence de ces nobles équidés, et qu’elle les côtoyait chaque jour lorsqu’elle vivait encore au domicile conjugal.
Envers l’Homme, elle ne manque pas d’attentions non plus. Si elle faisait vivre un calvaire à ses parents, ils avaient tôt fait de l’oublier lorsqu’elle souriait, leur faisait des câlins ou leur montrait comme elle tentait d’exceller en tout pour leur faire plaisir. Auprès de ses amis, elle était cette fille qu’on apprécie pour sa bonne humeur et sa candeur, mais aussi pour sa présence.

Empathique, elle n’a jamais hésité à aider les personnes de son entourage qui se trouvaient dans le besoin. Elle s’est toujours montrée loyale envers celles-ci, parce qu’elle juge que la loyauté est une valeur essentielle. Elle l’associe souvent à l’honnêteté et éprouve du mal à mentir à ceux qu’elle aime. De la même manière, elle met un point d’honneur à tenir ses promesses. C’est là peut-être son plus haut degré de détermination : lorsqu’elle promet, elle fait tout pour que le vœu prononcé s’exauce. En conséquence de quoi elle a horreur que quelqu’un brise une promesse. Elle ne supporte pas la trahison et la pardonne très difficilement. De manière générale, elle est plutôt rancunière. Elle n’oublie pas les affronts qu’on lui faits. Cela sans doute parce que, à fleur de peau, elle a toujours le sentiment de vivre les émotions au centuple. Elle se vexe, est blessée, s’énerve, est agacée, se réjouit, est heureuse ; tout s’enchaîne et la chamboule. Elle se sent soumise à ses émotions.

Et celle qui depuis toujours domine… c’est bien la peur. Elle la freine dans tout ce qu’elle entreprend. Au fond, c’est une peur de vivre, de s’exercer, de s’exprimer. Probablement entretenue par une éducation stricte et classique, elle hante la moindre de ses actions. Cependant, si on la réduisait à cela, on omettrait une part de la vérité. Cette crainte est aussi motivée par une appréhension du futur, et donc un refus de grandir. Vinciane ne voulait pas se marier si jeune et voulait pouvoir choisir son futur époux, parce qu’elle n’était pas prête à entrer dans le monde des adultes. Tout s’est fait trop abruptement. En elle papillonnent encore les rêves et les espoirs de l’enfance, qui sans cessent repoussent les responsabilités et les devoirs de l’âge adulte. Ces espérances chimériques supportent tous ces idéaux. La peur — couplée aux événements qui pavent une vie — est la seule qui peut les ébranler. Elle est la seule qui peut faire plier tout le reste ; la seule qui peut annihiler toute humanité. Vinciane y pense parfois. Elle est persuadée que la peur de mourir serait plus grande que celle de tuer, et qu’elle assassinerait aisément si elle se sentait en danger et en détenait les moyens. Cela l’effraie, parce qu’elle considère que tuer est le crime le plus haut qui puisse exister.
Mais la peur demeure, forte et incisive. Il n’y a qu’à regarder sa réaction face à l’arrivée des Témériens : la fuite et la résignation. Elle rampera devant eux s’il le faut. Elle rampera rien que par peur de mourir. C’est lâche. Elle aurait aimé avoir l’inspiration de ces grands héros qui meurent en martyrs, mais ce n’est pas le cas. Elle n’est qu’une faible brindille qui se cache derrière un visage gracieux, d’épaisses boucles brunes, et une silhouette longiligne.



♦ que pensez-vous du contexte politique actuel ?

Vinciane est agitée par une peur terrible, tenace, tenaillante, tétanisante. Elle est une noble. Elle représente le haut de la hiérarchie, le nappage de la société. Elle a entendu dire que les Témériens couperaient la tête de tous les riches héritiers. Elle n'aurait jamais pensé qu'ils puissent perdre, eux, les Nordiens, et elle, Vivendale, la belle Vivendale, et pourtant... c'est arrivé. Ils ont été défaits, anéantis, humiliés. La blessure à l'orgueil est profonde, mais elle ne surpasse pas le désir de survivre. Le danger demeure grand, mais la flamme fragile de la vie ne veut pas être étouffée. Elle préfère se lier au raz-de-marée qui a ravagé ses semblables et danser avec l'eau.

♦ êtes vous engagée activement dans l'un des camps ?

Vinciane veut vivre. Pour cela, elle est prête à presque tout. Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir, je ne vais pas mourir, je ne vais pas mourir, se répète-t-elle. Elle n'a rien fait de mal à Katharina ou aux Témériens. Elle n'a jamais pris les armes contre quiconque. Peut-être qu'elle a levé une fois la main sur quelqu'un mais... mais elle n'a jamais tué ou torturé, elle n'oserait pas, elle n'est pas comme ça. Elle est conciliante, elle est prête à ravaler sa fierté. Elle est prête à sacrifier son esprit pour secourir son corps. Elle est faible... Non. Elle est trop jeune pour mourir. Et après tout, peut-être que ce sera aussi bien, avec la reine aux cheveux blancs...?


Tell me a story
« Mademoiselle de Habstône. Mademoiselle de Habstône. » Une main timide se posa sur son épaule. Elle sursauta et releva un visage souillé de larmes. « Qu-Quoi ? » Sa respiration hachée faisait tressauter sa poitrine. « Votre père vous appelle. Il vous réclame dans le salon. » Elle tenta de ravaler un énième sanglot. « Je ne veux pas... il avait promis. » Une nouvelle secousse la gagna. « Allons, ne vous mettez pas dans des états pareils... » La main posée sur sa clavicule glissa derrière sa nuque et la vieille gouvernante se pencha pour la prendre dans ses bras. « Là, là... ce jeune homme est probablement très bien, vous savez. » - « M-mais il avait promis de me laisser... de me laisser trouver quelqu'un moi-même. Je ne suis pas prête. Je... je veux pas. » La femme prit son visage dans ses mains et plongea son regard dans le sien. De ses pouces, elle essuyait les larmes de la jeune noble. « Il fait ça pour votre bien, mademoiselle. Vous savez, ce n'est pas facile tous les jours d'être parent. Parfois on... on doit faire des choix difficiles. On sait qu'on va blesser notre enfant mais on sait aussi que ce qu'on va faire est préférable pour lui. Et on espère qu'en temps venu, il comprendra. » Vinciane déglutit. Promis. Il n'avait pas tenu sa promesse. Il l'avait jetée au vent comme si elle n'était rien qu'un vulgaire morceau de papier. Et elle, elle n'avait même plus la force de se mettre en colère ! En apprenant la nouvelle, elle avait râlé, protesté, crié, et puis, face à l'inefficacité de ses grands mots, elle avait pleuré, pleuré, pleuré... Elle s'en trouvait tellement lassée. Elle écoutait la domestique tenir son discours. Ses paroles la frôlaient à peine. Elle s'était déjà fustigée ainsi. Mais elle ne parvenait pas à s'y résoudre, à percevoir l'avantage. Il y avait du bon, évidemment, mais ce bon était-il un avantage, un atout ? Il n'était que riche... « Allez, séchez ces larmes. Vous êtes tellement plus jolie quand vous souriez ! » Pourtant, elle ne put empêcher ses lèvres de se déchirer doucement. « Dites-vous que ça n'est qu'une petite heure à passer. » Une petite heure pour décider d'une vie.

Elle revoyait les souvenirs défiler. Ils étaient encore tout chauds, alors que les faits s'étaient déroulés deux ans auparavant. Elle sentait encore le goût salé des pleurs sur sa langue. Finalement, elle avait épousé ce jeune homme. Oh, il avait tout pour lui, c'était certain. Cossu, intelligent, beau, reconnu. Mais elle ne l'avait jamais aimé comme on aime un amant. Elle l'appréciait comme un ami, tout au plus. Elle l'accompagnait où il allait, elle le suivait dans ses projets, elle s'asseyait à sa table ; et parce qu'ils se trouvaient liés par le mariage, elle partageait son lit. Elle le soupçonnait de l'aimer. Elle n'était sûre de rien parce qu'ils taisaient ce sujet. Il avait certainement compris que sa femme ne serait rien de plus, spirituellement, qu'une amie, et ne souhaitait pas s'infliger la souffrance d'un refus tacite, et lui imposer la gêne d'un sentiment non partagé. Il aurait été tyrannique d'exiger de l'amour de sa part. Elle lui donnait déjà tout. Du moins, elle essayait.

C'était moite. Elle glissa sa main entre ses cuisses et la remonta le long de son sexe avant de la porter à la lumière de la bougie. C'était brun ; rouge là où la flamme jetait ses fards. Elle fronça les sourcils. Avec rapidité, un frisson de panique remonta son échine. « Andrew... » Elle plongea ses doigts ensanglantés dans le baquet d'eau ramené par les domestiques. Le sang se répandit dans des teintes rosées, en suivant les cercles impulsés par son mouvement. « Andrew ! » cria-t-elle. Elle sortit en trombes de la salle de bain, manqua de tomber et de se prendre la porte, se retint à celle-ci, puis courut jusqu'à leur chambre. « Andrew. » Elle se jeta à genoux sur le lit et le secoua. Il se réveilla en sursaut. « Va chercher un médecin ! » - « Vinciane...? Qu'est-ce que tu racontes ? » Il cligna des yeux ; il sortait à peine des brumes du sommeil. « Je perds du sang ! C'est le bébé... je crois. » Il n'en fallut pas plus pour l'extirper du lit. Il bondit et se rua sur une tenue décente et ses chaussures. « Allonge-toi et ne bouge plus ! » Saisi par l'urgence, il quitta la grande demeure en courant. Elle entendit la porte claquer, puis l'imagina parcourir les rues.
Lentement, presque avec précaution, elle s'allongea sur le côté. Elle se mordit la lèvre. Elle n'avait même pas encore atteint dix semaines. Son ventre s'arrondissait doucement, au fil des jours. Elle posa une main dessus. Faisait-elle une fausse couche ? Des femmes de son entourage lui en avait parlé. Elles lui avaient dit qu'un tel événement pouvait survenir, que c'était déjà arrivé à certaines d'entre elles. Elles s'étaient mises à saigner, et puis le verdict s'était abattu : fausse couche. Adieu, enfant qui n'a jamais vécu. Mais c'était rare. La plupart arrivait à terme. Des saignements pouvaient survenir pendant la grossesse ; parfois même le cycle menstruel se poursuivait. Pourtant, Vinciane ne pouvait s'empêcher d'y penser. Et si...? Rien que l'éventualité lui tirait les larmes. Elle serra les dents.
Calme-toi.
Andrew revint avec un docteur. Il l'examina et lui posa des questions. « Docteur je... est-ce que je vais perdre le bébé ? » Il referma la boucle de son sac. « Honnêtement, c'est possible. Si c'est la première fois que vous saignez, je ne peux rien vous garantir. » Vinciane le détailla, un air inquiet sur le visage, puis leva les yeux vers Andrew. « Mais si les symptômes persistent, et si vous vous mettez à avoir mal au bas-ventre, ou dans le bas du dos, ou que vous avez de la fièvre... Prenez ça. » Il lui tendit un flacon vert bouteille dans lequel dansait, sous l'impulsion des mouvements, un liquide noir. « Cela vous aidera à expulser le corps. » Elle attrapa le récipient et l'observa, entre le dégoût et l'appréhension. « En attendant, tout ce que je peux vous conseiller, c'est de vous reposer et d'essayer de ne pas trop vous inquiéter. » Elle déglutit et hocha la tête.

La situation ne s'arrangea pas. Le calvaire de la jeune noble ne fit qu'empirer. Le bas de son ventre s'enflamma. Elle avait l'impression de brûler de l'intérieur. Une semaine et demie plus tard, elle ingurgitait le poison qui achèverait son enfant.
Le sang s'échappait en un flot ininterrompu. Elle s'était assise dans la baignoire, tremblante, et désormais, elle suivait des yeux la vie qui s'écoulait devant elle. Parfois, la rivière se ponctuait de petits barrages ; des caillots, des morceaux de fœtus, d'autres choses. Elle ne voyait plus très bien, de toute façon. Sa vision se brouillait sous l'assaut des larmes. Celles-ci se chargeaient de tristesse, de colère, mais aussi de soulagement. Ses douleurs lancinantes prenaient fin, et le doute s'estompait. Elle chassa une perle d'eau d'un revers de main. Elle ne pouvait, cependant, l'empêcher d'être remplacée par d'autres. Enfin, elle était délivrée des maux physiques, mais ceux-ci n'avaient fait que déblayer le terrain pour les maux psychiques. Sur l'écran flou de sa vue, elle observait des scènes, fruits d'espoirs mourants, se dérouler. Elle imaginait cet enfant qui n'avait pas connu la vie ; elle le regardait naître, puis grandir, et vieillir, jusqu'à ce qu'elle passe, la première, de l'autre côté du miroir. Elle imaginait ce qui n'aurait jamais lieu d'être, non pas pour se faire du mal, mais parce qu'elle faisait le deuil d'un petit être. A chaque deuil sa part de souvenirs ; elle ne pouvait qu'inventer la plupart des siens, des
leurs.

Vinciane avait été malade pendant des jours après sa fausse couche. La fièvre la terrassait : elle succombait à la chaleur et chaque frisson était une souffrance. Ils avaient cru qu'elle partirait aussi. Mais, au-delà de sa crainte permanente et de ses fuites vers l'avant, dans le cœur de la petite noble reposait une battante. Elle s'en était sortie. Il lui avait fallu encore plusieurs mois pour accepter d'avoir échoué là où les autres avaient réussi, puis d'autres encore pour envisager un second enfant. Mais elle n'était pas retombée enceinte durant l'année qui avait suivi. Même s'il ne disait rien, elle devinait qu'Andrew s'en trouvait attristé. Elle culpabilisait de ne pas pouvoir produire un héritier. Et elle culpabilisa encore plus lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'en avait pas envie. Elle émergeait à peine de l'adolescence. Bercée par la naïveté, elle n'avait rien d'une femme mûre. Trop enfantine, trop frêle ; de corps comme d'esprit. Elle devait s'endurcir. Avoir un enfant, cela lui faisait peur. Elle n'était tout simplement pas prête. Il y avait beaucoup de choses pour lesquelles elle n'était pas prête, beaucoup trop.

« Vince, dès qu'ils entrent dans la ville, tu fuis. D'accord ? » Andrew tenait ses mains dans les siennes et la regardait droit dans les yeux. Elle hocha la tête. Elle avait trop peur pour articuler quoi que ce fût. « Promets-le-moi. » Sa bouche pâteuse la gênait. Elle avala sa salive et frotta doucement sa langue contre son palais, avant de s'éclaircir la voix. « Je te le promets. » Il sourit doucement. Pourtant, dans ses iris, elle voyait clairement la trace de la crainte. La beauté le frappait, lui qui était figé dans cette posture de héros angoissé. Oui, elle ne l'avait sans doute jamais trouvé aussi beau que maintenant, alors qu'il était drapé d'une forte fragrance d'humanité. La peur exaltait tout ; ses propres impressions comprises. « Je vais y aller. » Elle acquiesça à nouveau. « D'accord. On se retrouvera dans les souterrains. » - « Oui. » Il déposa un doux baiser sur son front, puis s'écarta et se dirigea vers le hall. Vinciane le suivit des yeux, jusqu'à ce qu'il eût disparu derrière un mur.

Lorsque les Témériens pénétrèrent la cité, la noble ne s'enfuit pas. Elle resta à la fenêtre de sa chambre, à observer le spectacle qui se jouait sous ses yeux. Bien malgré elle, elle demeurait collée à la vitre. Elle n'aimait pas la violence, pourtant elle ne pouvait détacher son regard du théâtre macabre qui se déroulait dans les rues. Vivendale était mise à feu et à sang. Les flèchent tombaient comme la pluie et les corps comme des mouches. Elle porta lentement la main à sa bouche. Des gouttes salées venaient s'y fondre. Pourquoi s’entre-tuait-on ? Pour quoi ? Des terres ? L'honneur ? Le pouvoir ? Quel sens avait ces concepts quand tant de vies étaient sacrifiées en leur nom ? Revêtaient-ils seulement une once de légitimité ? Pourquoi s'écharper quand il était envisageable de conclure des accords... et de sauver des centaines d'êtres humains ? Pourquoi ce besoin de tout détruire...?
Une flèche se ficha sur le pourtour de la fenêtre. Elle recula vivement, trébucha, et se rattrapa de justesse au coffre qui faisait office de pied du lit. Il était temps de courir. Elle ouvrit le meuble et fouilla. Elle en extirpa une couverture et, dans un fond caché dont elle décolla la plaque de bois avec ses ongles, une petite dague. Elle la scruta, méfiante, puis se redressa et, ses biens coincés contre elle, se mit à courir vers les souterrains.


Les souterrains n'avaient rien de rassurant. Ils avaient été construits des décennies auparavant par les ancêtres d'Andrew. Il lui avait raconté leur histoire. Au sein de la famille, les versions divergeaient. Certains prétendaient qu'ils avaient été bâtis pour pouvoir fuir rapidement la cité, tandis que d'autres avançaient que l'un des aïeux s'était épris d'une villageoise, et avait ordonné la construction de ces corridors dans le but de lui rendre secrètement visite. Vinciane préférait la dernière version. Elle la faisait rire, et rêver. Elle essayait d'imaginer l'amour fou qui devait unir ces deux êtres, et les moments qu'ils avaient partagés, à l'abri des regards, en toute impunité. La suite ne disait pas s'ils avaient été surpris ou non. Aussi, elle se plaisait à songer que le noble avait finalement fui Vivendale pour vivre auprès de sa belle. Romantique, un peu fleur bleue, oui. Mais que serait la vie, si on ne tentait pas de lui donner les teintes qu'on appréciait ?
Elle poussa un soupir. Depuis combien de temps se trouvait-elle là, assise et emmitouflée dans la couverture ? Elle avait faim, soif, et froid. Et peur. Andrew était-il encore en vie ? Avait-elle une raison d'attendre ? Ses membres étaient tout engourdis. S'était-elle assoupie ? Elle étendit les jambes devant elle en grimaçant, puis se leva doucement. Elle rebroussa chemin jusqu'à la porte qui menait à la maison. Elle colla son oreille contre celle-ci. Aucun bruit. Dans des gestes lents, elle posa sa main sur la poignée et l'abaissa. La pièce était plongée dans l'obscurité. Sans faire de bruit, elle se dirigea vers une baie vitrée, et observa. Les cadavres jonchaient les rues mais, déjà, des soldats s'occupaient de les conduire vers ce qui semblait être le centre de la ville. Elle fronça les sourcils. Ces guerriers n'étaient ni nobles ni ombrageux. Elle recula d'un bond et retourna ainsi à la pénombre. Son cœur se serra. Alors... ils avaient perdu ? Et Andrew ? Et leurs amis ? Elle eut le fou mouvement de se diriger vers l'entrée, pour sortir, mais se ravisa à la dernière minute. Elle avait fait une promesse. Pour ce qu'elle savait, cette promesse s'était peut-être muée en dernier vœu d'un mourant. Elle fit demi-tour, et retourna dans les souterrains.
Elle courut sur tout le trajet, portée par une détermination qu'elle ne se connaissait pas. Arrivée au bout des tunnels, elle se retrouva face à une trappe, un peu en hauteur. Elle poussa de toutes ses forces pour l'ouvrir. Après une grande insistance, la porte de sortie céda. La jeune femme jeta sa dague et sa couverture à l'extérieur, avant de se tirer vers l'air libre à l'aide de ses bras.
La brise fraîche la saisit comme un vent de liberté. Elle frissonna, et jeta aussitôt la couette sur ses épaules, avant de récupérer son arme. La liberté, c'était dangereux. C'était nouveau. Avec précaution, elle se remit sur ses jambes. Au loin, le soleil commençait à poindre. Il fallait qu'elle rejoignît le Village. Elle n'avait absolument aucune idée de la direction à prendre. Il ne s'agissait plus que de mettre un pied devant l'autre, en priant que le destin jouât en sa faveur. Il s'agissait de confier sa vie au hasard... quelle drôle d'idée.


♦ prenom p² nom + type de lien

Bonorum capite in nullo trahebatur vel catenarum et onere quod capite quod sufficiente bonorum delatus sufficiente solo tenus fovisse aut aut militarium quod quod quasi aut aut rumore damnabatur militarium onere multatione vel delatus trahebatur hostiles postulatus capite postulatus suos urgente solo vel inter vel sufficiente delatus esset postulatus  

♦ prenom p² nom + type de lien

Bonorum capite in nullo trahebatur vel catenarum et onere quod capite quod sufficiente bonorum delatus sufficiente solo tenus fovisse aut aut militarium quod quod quasi aut aut rumore damnabatur militarium onere multatione vel delatus trahebatur hostiles postulatus capite postulatus suos urgente solo vel inter vel sufficiente delatus esset postulatus  



behind the computer
Parce que j'en avais marre d'avoir des personnages au degré de bourrinage assez élevé, voici Miss Douceur ! J'aimerais pouvoir vous dire que c'est la dernière que je crée ici... mais on sait très bien que je mentirais, alors je vais me taire sur ce point. Pour illustrer mademoiselle, j'ai choisi la jolie Emma Watson (après avoir hésité pendant trois mois entre elle, Alicia Vikander et Deborah Ann Woll *sort*).
le Code du règlement est
Bisous ♥

© fiche par hailey j. kingtson

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Mar 15 Mar - 1:56


Cette première partie est déjà magnifique, j'adore ♡
Hâte de lire la suite de l'historie de cette demoiselle ! :)
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Sam 4 Juin - 0:30

Merci beaucoup Maïlys, ça me fait plaisir !

Et je vous annonce donc que j'ai... TERMINÉ hallelujah knvmnfepixazjfaxeigrgcozkeo non mais j'ai abusé j'avoue mais c'est bon j'ai fini, et plus jamais je mets aussi longtemps à remplir une fiche, promis, je ne sais pas ce qui m'a pris !
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Sam 4 Juin - 15:51

Super fiche, un peu de douceur dans ce monde de brutes. J'adore ton choix d'avatar ! ^^



IF YOU DON'T LOVE ME NO MORE THEN LIE
• I'm bad at love but you can't blame me for trying.
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Sam 4 Juin - 19:01

Yayyyyyy Vinciane est terminée ! :p
Comme j't'ai dit Emma est top ! Et elle va bien à ta toute jolie. Le prénom me rappelle des souvenirs perso et finalement, c'est pas si mal. Je fais m'y faire peut-être :)
Franchement ce personnage a tellement de points commun avec moi, l'identification vous connaissez ? Léa t'as ce pouvoir de me faire aimer tous tes perso et de découvrir une part de nous-même en eux. Ou alors c'est pas fait exprès et c'est simplement une part de toi. Et donc c'est qu'on se ressemble vraiment. Ouais, ça doit être ça. Ou les deux ♥

Les questions existentielles, l'attachement à l'enfance, la vulnérabilité face à ce monde nouveau, les changements, les découvertes et la compréhension des autres, de l'égoïsme, du chacun pour soi, de la valeur de la vie. C'est tellement ça, et c'est tellement bien dit.

Citation :
C’est la vie incarnée, le souffle porteur, l’espoir prochain. C’est le futur. Dès lors, elle a essayé de profiter au maximum des gens qu’elle appréciait. Elle a tenté d’être toujours là pour eux.

Citation :
A l'époque, elle la manifestait surtout envers les animaux. Chaque matin, elle courait à l’écurie pour prendre soin des chevaux de son père. Elle leur distribuait des morceaux de pain ou des pommes qu’elle avait réussi à voler au petit-déjeuner. Elle n’a, d’ailleurs, jamais perdu cette habitude.

Citation :
Empathique, elle n’a jamais hésité à aider les personnes de son entourage qui se trouvaient dans le besoin. Elle s’est toujours montrée loyale envers celles-ci, parce qu’elle juge que la loyauté est une valeur essentielle. Elle l’associe souvent à l’honnêteté et éprouve du mal à mentir à ceux qu’elle aime.

Citation :
De la même manière, elle met un point d’honneur à tenir ses promesses. C’est là peut-être son plus haut degré de détermination : lorsqu’elle promet, elle fait tout pour que le vœu prononcé s’exauce. En conséquence de quoi elle a horreur que quelqu’un brise une promesse. Elle ne supporte pas la trahison et la pardonne très difficilement. De manière générale, elle est plutôt rancunière. Elle n’oublie pas les affronts qu’on lui faits.

Je te reconnais pas mal dans toute la présentation et c'est bien que tu te dévoiles à nous :) En tout cas ça me fait vraiment plaisir de te découvrir via tes personnages aussi, j'ai l'impression de te connaître encore plus. Parce que nos perso c'est une part de nous-même. Et Vinciane, c'est ton côté doux, ton côté tendre, ton côté très généreux (on le voit pas souvent Léa le tyran !!)

L'histoire. Oh mon dieu, j'ai mal pour la belle Vinciane. Cette perte du bébé est horrible et carrément traumatisante. Mais bien imaginée, tout est bien imagé. Et tu décris à la perfection chaque scène, on s'y croirait. Un vrai écrivain, je le dirai jamais assez.

Bref, un régal de te lire, on en aura jamais assez je crois. J'adore ton nouveau bébé ! ♥


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Sam 4 Juin - 19:56

Belin : Eh oui, il fallait bien une touche de douceur pour enjoliver tout ce carnage x) Merci pour tes compliments, ça me fait plaisir ! (Et comment ne pas aimer Emma ? Elle fait partie de l'enfance de beaaaucoup trop de gens de notre génération ; et j'imagine que tu fais pas exception, grande fan d'Harry Potter que tu es :p)

Doublette : Oui, enfin, je l'ai terminée !
Pour le prénom, c'est si peu courant que je n'ai pas pensé à un seul moment que l'une d'entre vous pourrait connaître une Vincian(n)e. Mais du coup je trouve ça plutôt rigolo et j'espère que les souvenirs sont bons !
*meurt sous ce tsunami de compliments*
" Léa t'as ce pouvoir de me faire aimer tous tes perso et de découvrir une part de nous-même en eux. " Je t'hypnotise à travers l'écran en fait !
Je suis contente que tu arrives à t'identifier à Vinciane, ça veut dire qu'elle est humainement réussie (qu'elle a un côté réel quoi) ! Et ça c'est cool.
Et oui, comme toi, je crois qu'on glisse une part de nous dans nos personnages (ce qui me fait très peur quand je vois que tu as créé James), qu'ils sont des nous démultipliés et imaginés. Donc oui on peut certainement dire que Vinciane c'est mon "côté doux, [...] tendre, [...] très généreux" (et qu'on voit très souvent non mais comme ça avec Vinciane vous y aurez droit à chaque message, c'est pas beau ? Si si, c'est très beau).

Non mais ça me fait vraiment trop trop trop plaisir que vous l'aimiez bien, et tous vos compliments me font trop trop trop plaisir, qu'ils soient inscrits ici ou aient été dits hier soir sur la cb, à chaque fois j'ai mon sourire niais de débile profonde (je dois être trop drôle à voir) x) Merci les filles !
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