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Demons are trapped in the shade of my memory

losing a battle... still fighting for the war
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almost grown
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Lun 15 Aoû - 20:54





Seyrane de Larant
— prologue : midnight sun  —


Quelques jours après le traité de paix.

Nombreuses sont les civilisations, antiques ou modernes, pour lesquelles la Lune est un astre majeur. Bien que ce soit le Soleil qui fournisse la Terre en énergie lumineuse, sa pâle cousine a toujours exercé une étrange attraction sur les hommes. Son cycle rythme les croyances, sa gravitation ordonne les marées. Silencieuse compagne des insomniaques et protectrice des rêveurs, elle fascine depuis la nuit des temps et recèle, selon une vieille légende, autant de secrets qu’elle compte de cratères. Le Soleil, qui de tous temps fut l’objet de mille cultes tant il impressionne, se révèle un redoutable juge de l’espèce humaine. C’est d’une lumière crue qu’il en expose au grand jour les pires travers, les pulsions bestiales. Au contraire, la Lune n’est qu’une discrète spectatrice ; son éclat modéré inquiète moins les humains, et elle est de ce fait témoin de bien plus d’évènements. Si les pires crimes sont souvent perpétrés dans les ténèbres, la nuit est aussi le théâtre des scènes les plus intimes.

Au milieu des draps froissés, la frêle silhouette de Seyrane semblait se perdre dans l’immensité du lit sur lequel elle reposait. Son sommeil était très agité et elle ne cessait de tourner et se retourner en s’empêtrant dans le tissu, et se débattait ensuite avec de grands gestes paniqués. Le mauvais rêve contre lequel elle luttait avec tant de force ne paraissait pas connaître de fin et son combat aveugle s’éternisait. Enfin, après plusieurs minutes - ou furent-ce des heures ? – aux prises avec son inconscient, la jeune femme s’éveilla dans un brusque sursaut, la gorge nouée par une sourde angoisse. Elle se redressa et s’appuya contre les coussins tout en s’efforçant de contrôler sa respiration hachée. Petit-à-petit, ses pupilles s’accoutumèrent à l’obscurité, à peine atténuée par la clarté qui filtrait à travers les rideaux, et finirent par distinguer les contours rassurants des meubles autour d’elle. Son cœur affolé retrouva un rythme correct et l’anxiété se dissipa, laissant place à un apaisement relatif. Elle ressentit le besoin de pousser son corps à l’activité, pour laisser son esprit se reposer et se leva en enfilant une robe de chambre négligemment posée sur un fauteuil.

Le craquement du parquet sous ses pas légers était le seul bruit qui troublait la tranquillité de cette heure matinale. Seyrane s’arrêta au milieu du couloir et s’accouda sur une fenêtre restée entrouverte. Son regard erra sur les massifs boisés en contre-bas, à peine esquissés dans la pénombre, puis se leva sur la voûte étoilée qui surplombait le tout. La lune apparaissait alors dans toute sa magnificence, son éclat blanc rehaussé par le bleu profond de la nuit. Il sembla à la jeune femme qu’elle émettait des rayons chargés de douceur et de bienveillance, qui chassaient les dernières ombres de son cauchemar. Mais, comme les fois précédentes, une peur sournoise subsistait. Elle ne la quittait plus depuis plusieurs jours. Chaque mouvement suspect, chaque parcelle d’obscurité était un motif suffisant pour qu’elle cède à la panique. Le simple poids du tissu pouvait provoquer un sursaut, il est donc inutile d’évoquer le contact avec un autre être humain. Et pourtant... Et pourtant Seyrane avait déjà dépassé la vingtaine, et la plupart des jeunes femmes de son entourage étaient déjà promises. Il faudrait se résoudre, un jour, à accomplir son devoir d'épouse dans une société où l'unique préoccupation des hommes mariés était leur descendance.

Une bougie incendiée dévoila son reflet fantasmagorique dans le miroir de la salle d’eau. Les ecchymoses qui couvraient ses épaules et ses bras constituaient un rappel permanent de ce qu’elle avait traversé, aussi bien par leur couleur violacée que par la douleur qui les accompagnait. Et la cicatrisation s’éternisait, désespérément lente, malgré les couches d’onguent qu’elle appliquait quotidiennement. Elle saisit le pot et s'apprêta à prélever un peu de pâte grasse, mais son bras retomba avant même d'en avoir effleuré la surface. La peur laissait place à la lassitude. Quelle était cette mascarade dont elle était protagoniste, malgré son gré ? Son reflet semblait presque compatir. Alors, elle referma le pot d'onguent et attrapa un autre flacon, rempli d'une poudre très fine. Le docteur avait recommandé une grande parcimonie, mais qui se souciait encore de telles recommandations ? Elle en versa une trop grande quantité dans un verre d'eau et l'avala avec une grimace. Fais de beaux rêves.

Au bout de quelques temps, elle décida de retourner se coucher et traversa le corridor en sens inverse. La maison baignait dans un paisible silence. Elle se glissa entre les draps rafraîchis et ne tarda pas à replonger dans un sommeil étonnement calme, tandis que la Lune veillait, muette.


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Ven 13 Juil - 17:41


Seyrane de Larant
— chapter I : coming home  —


L'avant-veille de la Guerre d'Un-Jour (après avoir fui James avec l'aide de Caliel)

Seyrane avait tourné le dos à la forêt et marchait d'un pas décidé vers les portes de Vivendale qui se dressaient à plusieurs centaines de mètres de là, incendiées par la lumière du soleil, dont la course vers l'horizon touchait à sa fin. L'artère principale du Village, d'ordinaire grouillante de monde, n'accueillait que quelques passants empressés de retrouver leur foyer. Elle traversa donc sans encombre la rue bordée de maisonnettes et d'échoppes. Bientôt, elle arriva au pied du Mur et, dominée par l'immensité des deux battants qui constituaient l'accès méridional de la ville, elle s'arrêta avant de les franchir. Le métal sombre, aux tonalités vertes et grises, s'enflammait dans les derniers rayons rougeoyants. La jeune femme était absorbée par ses pensées, encore tourmentée par les épreuves des derniers jours, et tout particulièrement de cet après-midi ; et cette vision de la porte en feu la saisit comme un présage funeste, un avertissement. Elle s'avança prudemment vers le passage et affecta un air détaché pour prendre part au flot d'individus qui, même à cette heure, entrait et sortait de la ville. Le pavé familier de l'Enclave, les rues mille fois empruntées, les enseignes coutumières ne suffirent pas à apaiser son esprit inquiet. Les pensées se bousculaient, son cerveau lui semblait trop étroit pour la quantité d'information qu'il devait assimiler. Les souvenirs sensoriels se mêlaient aux réflexions intellectuelles dans un tourbillon nerveux qui accaparait toute son attention, si bien qu'elle dut s'arrêter de nouveau à l'écart de la voie. Elle eut un accès de vertige et chercha de la main l'appui rassurant d'un mur de maison. Son agitation mentale se répercutait avec force sur son état physique. Elle n'avait qu'une hâte : rentrer chez elle et retrouver les siens. Et pourtant, elle n'avait jamais éprouvé un très grand attachement pour sa famille. Ses parents étaient préoccupés mais pas aimants, et elle ne ressentait qu'une faible proximité vis-à-vis de son frère et de ses sœurs. Ada et Eliott semblaient deux planètes distantes ; et Dahlia, avec qui elle aurait pu entretenir des liens affectueux, appartenait véritablement à une autre galaxie.

Mais quelles que révolutionnaires ses idées puissent paraître à la Noblesse bien pensante, Seyrane n'échappait pas à l'implacable loi de l'appartenance de classe. Devant la menace ennemie, étrangère, chacun revenait à ce qu'il connaissait le mieux, son environnement naturel. Maintenant que les Témériens avaient fait leur entrée sur le champ de bataille vivendalais, les Nordiens se gardaient bien d'entretenir les tensions qui les déchiraient. La jeune femme pensa amèrement que c'était pourtant en temps de crise que le pouvoir était le plus fragile, donc le plus facile à renverser. C'était précisément à ce moment qu'une inversion des rapports de force aurait pu avoir lieu. « Mais pour cela, il faut avoir l'étoffe d'un leader. Cette capacité de conquérir et d'enflammer les foules. » Caitlin avait ce potentiel. Cette force de caractère qui incite les autres à vous suivre naturellement. Mais elles étaient trop peu préparées, cela semblait évident désormais. La brunette se remémora soudain qu'elle n'avait pas de nouvelles de ses deux compagnons de route depuis le début de la journée. Si elle n'avait pas d'inquiétude quant à leurs capacités à s'en sortir tous seuls, elle savait que sa disparition subite serait une source de tracas. Mais elle ne disposait d'aucun moyen de les prévenir : il était hors de question qu'elle retourne sur ses pas. Après un moment d'hésitation, elle reprit donc son chemin à travers l'Enclave.

Étonnamment, les passants était bien plus nombreux dans l'Enclave que dans le Village. Intriguée, Seyrane se mit à observer avec plus d'attention ceux qu'elle croisait ; elle réalisa bientôt que la plupart d'entre eux étaient des Villageois, et que les Nobles étaient très rares. Plongée dans ses pensées, elle n'avait pas remarqué que l'atmosphère était excessivement tendue. Les gens marchaient d'un pas rapide et jetaient des regards méfiants autour d'eux. Personne ne flânait tranquillement en regardant les devantures des boutiques ; d'ailleurs, la plupart d'entre elles étaient fermées. Chacun se pressait d'arriver à sa destination. L'angoisse est particulièrement communicative, et bientôt la jeune femme marchait du même pas rapide, qu'elle voulait surtout assuré, vers son domicile. Celui-ci était situé à l'opposé du centre commerçant, dans un quartier parmi les plus aisés, un petit peu à l'écart de l'agitation. Au fur et à mesure qu'elle s'en approchait, les rues se vidaient. Cet endroit avait toujours été calme, puisqu'uniquement résidentiel, mais la désertion de ce soir-là était frappante. Et cela avait quelque chose de sinistre, une sorte de tension dramatique planait sur les lieux. La surface de l'eau, lisse et immobile, avant que ne s'abatte la tempête.

Seyrane n'était plus qu'à quelques centaines de mètres de la maison familiale, et elle pressa davantage le pas. Un dernier bâtiment s'interposait entre elle et la rue d'où elle pourrait apercevoir sa destination. Le bruit régulier de sa foulée légère résonnait contre les pavés, s'amplifiait entre les murs. Dans son dos, le soleil passait juste derrière l'horizon et des nuages enflammés s'attardaient dans le ciel clair. Elle arriva au bout de la rue et passa l'angle, le cœur battant d'impatience et hurla de frayeur. Toute à ses pensées et à son désir de retrouver un environnement familier, elle n'avait pas remarqué les trois hommes qui la suivaient à distance depuis le Village. Elle n'avait pas entendu leurs pas lourds, ne s'était pas aperçue de leur présence lorsqu'ils avaient emprunté une petite voie parallèle à la sienne pour la retrouver au croisement suivant. Et désormais, ils se tenaient devant elles. Le plus proche était grand et trapu, les deux autres plus maigres. Ils avaient la peau mate des hommes du Sud, et des mains aux larges paumes calleuses et aux doigts noueux. Le premier serrait dans son poing un long couteau effilé. Seyrane fit volte-face et s'élança dans la direction opposée, mais les deux subalternes ne lui laissèrent pas le temps de s'éloigner. Le cri de surprise se transforma en hurlement terrifié alors qu'ils la maîtrisaient sans difficulté. Bientôt elle sentit la morsure d'une corde autour de ses poignets et un bandeau coula sur ses yeux. La jeune femme lutta désespérément contre l'épouvante qui l'envahissait, mais sa capacité de résistance n'avait que trop été mise à l'épreuve dans les dernières heures. Elle perdit toute notion de l'espace et sentit le contact moite du pavé contre sa joue, avant de perdre connaissance.
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