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Pour Lucie

losing a battle... still fighting for the war
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Fondatrice
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24/10/2012

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Jeu 27 Juil - 22:25

Ce message m'a pris des mois, littéralement parlant, à écrire, je l'avais commencé le 27 avril, soit à la sortie de mes partiels, j'avais peur d'oublier des choses (traumatisme oblige ahah), et l'avait laissé en plan, me disant que ce serait mieux de le poster en fin d'été, quand j'aurais plus de recul, et que toi tu serais plus proche de ce qui t'attend, à la veille de ta rentrée. Finalement je me ravise et le termine aujourd'hui, par peur d'oublier, et parce que, ces temps-ci, tu es en pleine préparation entre les fournitures et les inscriptions. Ça me parait donc être le bon moment.

Alors je sais, PLURIPASS c'est pas le PACES mais... c'est une première année de médecine, et ça, bah en tant que carré je connais vu que je l'ai (sur)vécu pendant 8 mois.

Bon alors, la première année, qu'est-ce que c'est ? Je ne vais pas te mentir, ça n'a pas mauvaise réputation pour rien. Si certaines rumeurs restent des légendes, d'autres sont très (trop ?) véridiques. Parce qu'en fait, la première année, c'est un peu le Hunger Games des formations en santé où le campus sera ton arène. Parfois tous les coups sont permis, certains vont à voler les ordis, les cours, ça arrive, heureusement pas souvent, mais ça arrive. Et attention, je dis tous les coups sont permis mais pas pour toi ! Non non non ma petite bizuth, tu seras un carabin modèle, pas de coup bas, tes concurrents tu les battras avec ton intelligence et ton entraînement acharné, et la victoire n'en sera que plus belle. Durant cette année, tes limites seront testées, vraiment testées, physiquement, mentalement, socialement; et au fond, tu apprendras à mieux te connaître. Car au lycée, on sait pas qui on est, qu'est-ce qu'on veut vraiment, est-ce qu'on est capable de réussir, et surtout, qu'est-ce qu'on vaut vraiment. Toutes les réponses à ses questions, tu les auras au cours de cette année. Parce qu'il n'y a pas mieux qu'une sélection drastique comme contexte pour se tester. Car oui, c'est l'année de la sssélection comme diraient tout bon carré en insistant sur le ssss comme si nous étions des serpents prêts à se jeter sur les frêles petites souris que vous êtes. Les carrés, tu n'en connaîtras pas (à part moi !) à PLURIPASS, mais si ça allège l'inégalité de ce triage, il restera très dur. Et cette sélection commencera dès le premier jour, dès ta pré-rentrée même ! Parce que, dès ce premier jour, la compétition commence, tu seras sur la ligne de départ pour un long marathon-sprint. Tes concurrents, tu en rencontreras de toutes sortes, de la Lexiclopédie qui donne des envies de meurtre car à côté elle n'en fous pas une à celui/celle tu te demandes pourquoi il/elle a prit médecine tellement ils sont stupides en passant par les fifils de médecins qui font ça pour "faire plaisir". Tu as de tout, et c'est parfois pas très joli. Et puis, à côté des autres étudiants pour qui tu seras une ennemie pour beaucoup, une amie pour d'autres, tu as les professeurs. Là tu vas voir ça n'a rien à voir avec le lycée, mais rien à voir. Tu seras face à une fourchette très large de professeurs, parfois certains ne viennent que pour un cours, tu les vois un jour, et après pouf, plus rien, ça change du professeur de lycée que tu as eu au minimum un an, parfois même 3 ans ahah. Certains seront cons, ou blasés, voire les deux, d'autres très wtf, ou trop rapides, certains paraîtront gentils mais seront de gros bâtards dans leurs QCMs, et surtout beaucoup auront du mal à comprendre que t'as déjà une tonne de cours en retard alors leurs cours à rallonge c'est un peu chiant. Y-a des cours tu ne seras même pas pourquoi ils sont dans ton programme, clairement quand t'as 3kg de bioch en retard la biodiversité des sols tu t'en bats clairement les couilles (les ovaires pardon nous sommes des dames) et avoir par exemple 9h d'anthropologie quand t'as seulement 2h d'éthique médicale...ça fait faire des cauchemars. Certains, tu ne les verras qu'à travers un écran, rediffusion d'un cours donné à une autre heure ou dans un autre amphi. D'autres, tu les verras en chair et en os, parfois une fois, parfois deux, mais pas dix ou vingt. Et pour chacun d'eux, tu ne seras personne. Une étudiante anonyme parmi des milliers d'autres, un visage noyé dans la foule. Cet anonymat est une petite claque quand on entre à la fac, on est personne, même pour ses concurrents, dans le classement, on est qu'un numéro, 217-quelque chose pour toi normalement. Ton classement ? Et bien... ça dépendra de toi. Je ne te cache pas que ça risque d'être difficile au début, mais l'absence de carrés dans ta fac t'accorderas au moins de meilleures chances de briller dès le début. Et même si ce n'est pas le cas, et bien, c'est normal. Les premières colles sont souvent des claques à prendre pour son propre bien, elles sont toujours difficiles, les premières, déjà par le système tout QCMs qui est très honnêtement perturbant au début, mais aussi par tout le reste, le stress du classement, la découverte des types d'items, car ce n'est pas que du par coeur, et même quad ça l'est ce n'est pas le par coeur du lycée, tu n'as pas à savoir la phrase de ton cours pour pouvoir répondre, il faut savoir chercher les pièges, es démonter, être attentif à tous les mots, toutes les tournures, démêler le vrai du faux, et c'est pas simple. Si t'as de mauvais résultats, tu seras pas bien, c'est normal, se sentir hors course y-a rien de pire crois moi...

Ce sera donc une année complexe, une année de doute et de difficultés, beaucoup d'obstacles, beaucoup de compétition mais la première année ce n'est pas que ça (sinon ce serait vraiment l'enfer !). Rassure toi, si le premier paragraphe t'as fais peur, celui qui arrive devrait te rassurer. Car oui, la première année c'est clairement la merde, mais malgré ça y-a du bon dans tout ce mal.

Parce que, la première année, ce n'est pas que des cours imbuvables donnés par d'horribles profs sur lesquels tu seras testés pour battre des étudiants pas jojo. Non, loin de là. Déjà les professeurs, t'en as qui sont capable de faire des apartés de vingt minutes pour vous expliquer son annale de l'an passé, t'en as qui demandent qu'un élève de la promo envoie un mail pour dire si le cours a été compris ou s'il y-a des choses qu'elle peut améliorer pour l'an prochain, y-en a qui sont supers et qui expliquent vraiment bien sur le forum quand t'as une question, même si c'était dans les cours (parce que d'autres... limite tu te fais lyncher). Y-en a qui sont vraiment adorable, qui comprennent vraiment l'année par laquelle on passe et qui tente de faire un bon compromis entre les connaissances qu'on doit avoir sur leurs cours et le fait qu'on est aussi un millier d'autres trucs à savoir à côté. Certains seront des pointes dans leur domaine, tu auras des ana-pathologistes, des embryologistes, des chirurgiens, des médecins, des pharmaciens, des épidémiologistes... bref des gens qui savent ce qu'ils font, et qui t'enseignent ce qu'ils font, et quand tu tombes sur quelqu'un de vraiment passionné par ce qu'il fait, clairement c'est une autre dimension à côté du lycée, ils te font vraiment vivre leur cours et c'est magique. Et à côté de ces profs géniaux, tu as les tuteurs. Ils sont passés par là, ils savent ce que tu vis, et ils sont là pour t'accompagner là dedans, et ils sont franchement géniaux ♥ Le tutorat où je suis a été nommé un des meilleurs de france, et ça ce sent, les tuteurs font vraiment un travail formidable qui concurrence pour beaucoup les prépas (sauf pour les cours tapés, mais quand on paye 50 euros et pas 3000 c'est tout à fait normal, les tuteurs sont des étudiants, ils ont pas que ça a foutre et ils donnent déjà beaucoup, leurs fiches, leurs cours de leur année même parfois, ils sont trop cools !). Et il y-a les autres étudiants, je sais que tu n'auras pas vraiment d'amis qui te suivras dans tes études donc écoute bien ce que je vais te dire. Ouvre toi aux autres, ne t'enfermes pas sur toi même à cause de la compétition. Si la plupart seront tes concurrents, tu dois savoir trouver les bonnes personnes pour être tes amis. Et ils arriveront sans même que tu ne t'en aperçoive. J'avais pas prévu de rencontrer les gens que j'ai rencontré cette année, je pensais faire mon année avec les gens que je connaissais déjà et ne pas me soucier de mes concurrents, puis j'ai rencontré des gens magnifiques et ensemble on s'est mutuellement porté jusqu'à ce jour, et qu'il soit raté ou réussi, on l'a fait ensemble. Clairement ne fais pas ça seule, seule c'est la clé vers l'abandon, tu vas vivre une expérience très particulière, et c'est dur à vivre alors il faut pouvoir partager ça avec des gens, trouver des gens avec qui parler, poser des questions, réviser, s'entraîner...etc. Attention je ne te dis pas d'aller sauter sur le premier venu en disant " deviens mon ami ! ". Faut faire gaffe avec la concurrence quand même ! Mais ne te fermes surtout pas à de nouvelles rencontres à cause de la concurrence, tu pourrais passer à côté de personnes uniques. Et si jamais les résultats aux colles ne sont pas là, ne panique pas ! On se casse tous la gueule au moins une fois (souvent plusieurs j'avoue) mais échouer une colle n'est pas synonyme d'échec ! Et parfois tu seras bien classé et ça c'est magique, quand t'es dans le top 100 quand y-a plus de 2000 personnes qui ont passé la colle, tu te sens juste invincible, c'est vraiment une sensation magique, plus que d'avoir la meilleure note à un contrôle au lycée où en fait t'es juste devant 30 personnes, non là t'es devant plus quasiment deux milliers de personnes !  Puis c'est une année où tu apprendras pleins de choses, où tu pourras assouvir (très largement) ta soif de connaissance (limite jusqu'à l'overdose), où t'en seras plus sur ce mystère fascinant qu'est notre corps ! L'anatomie est la base, une base essentielle et super intéressante. La physiologie est parfois complexe mais fascinante. La cytologie et histologie est un peu effrayante au début, avec l'embryologie aussi, mais là encore, tellement de choses à apprendre, à découvrir ! J'ai même aimé les maths cette année, l'épidémio est vraiment captivante, pour te dire comme quoi parfois cette année fait des miracles !

Et maintenant je vais te prodiguer certains conseils, certaines choses que je ne savais pas ou n'ai pas osé faire qui m'aurait, peut être, permis d'avoir mon année :

- Ne pas stresser, je sais dis comme ça c'est simple, mais vraiment le stress c'est une compagne dangereuse, la peur de l'échec ça peut te pousser à faire mieux mais ça peut surtout te paralyser et te faire échouer. Par expérience du premier semestre je te dis, Selye a peut être dit que "le stress, c'est la vie" mais trop de stress, c'est plus la mort.
- N'ai pas peur de demander de l'aide, surement ma deuxième grosse erreur du premier semestre, quand je comprenais pas quelque chose, j'osais pas demander de l'aide, pourtant j'avais un panel de gens prêts à y répondre. En premier lieu parce que j'avais honte, avant j'étais celle qui avait les réponses, et c'est difficile de devenir celle qui en pose, mais le truc c'est qu'après tu t'acharnes sur le truc que t'as as pas compris et, éventuellement au final tu l'apprends mais...en plus de perdre du temps tu finiras par l'oublier, parce que la médecine plus que s'apprendre ça se comprend.
- Accepte l'échec, un mauvais résultat ne fais pas de toi quelqu'un de nul ou de pas assez compétent, une colle est une colle, l'important c'est le résultat de toute une année
- N'abandonne pas, c'est tentant parfois de se dire " Et merde j'arrête " ne serait-ce que pour quelques jours, mais ne le fais pas, ne renonce pas à ton rêve à cause de la difficulté.
- Mais accordes toi du temps libre, je pense que c'est ma troisième grosse erreur de l'année complète en fait, regarde, cette semaine j'étais en partiels et je suis juste épuisée, dès lundi je l'étais, parce qu'en fait je savais pas dire stop et c'est pas bien. Faut se garder du temps, une soirée par semaine, une soirée sans cours, ça m'a l'air bien. Si tu bosses bien à côté, c'est tout benef.
- Le retard n'est pas grave, ma première grosse erreur du S1, et celle que je regrette le plus (non parce que le stress j'y pouvais un peu rien, j'étais pas préparée et voilà). Au premier semestre j'avais des colles qui allaient plusieurs cours au delà de ceux en amphi et, au lieu de m'en foutre, je voulais absolument les travailler pour la colle, alors que la colle c'était rien, du coup j'apprenais en vitesse les cours de la colle, je prenais du retard sur les cours en amphi (les plus importants +++) et au final quand en amphi on faisait les cours d'avance qui étaient tombés à la colle je ne l'ai avais pas suffisamment bien appris parce que je n'avais pas eu le temps ni le support pour le faire correctement. Énorme, phénoménal même, perte de temps (je pense 2 jours/semaine de perdus au final, vu que je planchais lundi/mardi sur les colles). Pitié, ne fais pas cette erreur, c'est une énorme erreur.
- C'est un marathon-spirnt, mais pas un sprint tout seul, je connais une dizaine de personnes qui ont commencé à travailler la PACES durant l'été, aucun d'eux n'a réussi. Et la plupart ont abandonné (vraiment abandonné genre j'arrête, burn out), les autres ? Le stress a eu raison d'eux le jour du concours au final. Ne fais pas cette erreur. Profite de ton été, arrive fraîche et prête à apprendre plutôt que lessivée et déjà au bout du rouleau. C'est un concours sur la durée, ça sert à rien de majorer septembre si c'est pour se casser la gueule et arriver dernière en octobre.

Bon alors voilà, la première année n'est pas une année simple, tu seras testé aussi bien physiquement - on peut dire ce qu'on veut mais quand on va parfois jusqu'à bosser 13h par jour c'est éprouvant, et la fatigue qui s'accumule peut vite devenir délétère - que mentalement - là pas besoin de te faire un dessin, tu sais ce qui t'attend -.

Et tout à l'heure, tu m'as dit " Mais dans quoi on s'embarque ? " avec un peu d'ironie je pense, parce que tu le sait depuis longtemps, que ça serait dur, mais je vais te dire dans quoi tu t'embarques. Tu t'engages dans plusieurs années de dur labeur, des années où tu seras mise à rude épreuve, où tu testeras tes limites. Mais c'est normal que ça soit dur. Si c'était simple, presque tout le monde deviendrait médecin, car c'est l'un des meilleurs métiers qui existe au monde, malgré toutes ses difficultés. Parce qu'être médecin, ou juste travailler dans la santé, que ce soit en tant qu'aide soignant ou chirurgien, c'est plus que le simple "sauver des vies", (c'est trop présomptueux je trouve), c'est accompagner les gens, les malades, les accompagner dans les pires moments de leurs vies en les soignant, ou en faisant en sorte qu'ils souffrent le moins possible. Et je pense que la dureté des études est, en plus de l'acquisition des savoirs nécessaires, une préparation psychologique à ce qui nous attend, car ce sont des métiers où l'on se met au service des autres, où l'on entre dans l’intimité la plus profonde des gens, tenant leurs vies dans nos mains. Et quand nous arriverons à ce moment, Lucie, quand nous serons à ce point, au début de notre internat, on saura que tous nos efforts auront servis, que ces années de merde n'étaient pas vaines. Et si jamais on échoue, on trouvera autre chose, il y-a toujours autre chose, d'autres vocations dans le même secteur, ou non. On trouvera. Mais jusque là, on va essayer, et ça commence cette année, pour notre première année (ou deuxième première année). Et qu'on réussit ou échoue, on en ressortiras plus forte, les simples connaissances acquises au cours de cette année, la simple formation intellectuelle plus que les débouchées, c'est déjà un grand pas pour le reste de nos vies.

Sur ce long message, je te laisse, pour un temps seulement, car je n'ai pas fini, j'ai plein de choses à te dire encore, des ressources à te filer, des applis sympas à partager, des fiches à scanner, et des perles de profs à poster, parce que faut rire un peu, entre deux cours qui font plus de page que 10 cours de terminale.

" Each of you comes here today hopeful, wanting in on the game. The years you spend here as a medschool student will be the best and worst of your life. You will be pushed to the breaking point. Look around you. Say hello to your competition. This is your starting line. This is your arena. How well you play, that's up to you "
(je l'ai modifié un peu pour que ça colle avec la première année mais t'as saisis la référence)
― Richard Webber

Mais plus qu'un personnage de fiction d'une série qu'on affectionne, j'aimerais te faire partager ces mots pour conclure ce message, mots d'un médecin, d'un vrai médecin, neurochirurgien, mort il y-a un an, et dont les mémoires sont d'une profondeur étonnante. Je me suis beaucoup retrouvée dans Paul, et j'espère suivre son exemple dans la voie médicale, car il semblait, à travers ses pensées sur son métier, être un aussi bon être humain qu'il n'était médecin, et je crois que l'un et l'autre le rendait meilleur dans les deux.  

"The secret is to know that the deck is stacked, that you will lose, that your hands or judgment will slip, and yet still struggle to win for your patients. You can't ever reach perfection, but you can believe in an asymptote toward which you are ceaselessly striving.”
― Paul Kalanithi



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