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Josie | Poupée des bas-fonds

losing a battle... still fighting for the war
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Jeu 4 Jan - 22:06







ft. isolda dychauk


JOSIE BERMOT-BOMANT
— « tinkle tinkle,  petite fée des bois » —
La vie de Josie n'a pas été des plus tendres, ni des plus joyeuses. Les choses ne se déroulent pas toujours pour le mieux. La contingence de l'imparfait. Ou l'antipode de l'heureux. Parfois, la traverse humaine fait que l'existence, sensible, soumise aux agressions hasardeuses et offenses imméritées, écope la réprimande malhonnête de l'infortune. Alors, elle chavire, chancelle, se renverse, se bouleverse, et ses quelques lumières de joie oscillent, vacillent, s'amenuisent, agonisent.

La réalité de Josie, a souvent été pour le pire.

Quand on est enfant, la gaieté, l'innocence, et l'illimité submergent le coeur, imprègnent l'âme, inondent l'esprit. Le merveilleux de l'enfance, la simplicité de l'incroyable ! Il n'y a encore aucune limite, aucune barrière, aucun infranchissable. Rien n'est impossible. C'est cette candeur, cette pureté de la jeunesse, cette fraîcheur, qui poussent à ignorer les interdits, à anéantir les obstacles par la simple volonté. Pendant quelques précieuses années, l'irréel est réel. Et le temps, est, pour un moment, suspendu. S'il faut grandir ensuite, la seule manière de vivre ce début, est de s'en délecter. Les prémices sont de courte durée. Personne ne se rend jamais compte à quel point le temps effile. On est dépassé ; soufflé. L'illusion ne dure pas. Et la réalité frappe de plein fouet lorsque l'on vieillit, malgré soi.

C'est un début comme ceux-là que Josie aurait dû avoir ; des rêves et des fantastiques, des insensés et des impensables. Josie... Josie, elle, n'a pas connu ce revers, cette claque inattendue du dénouement de l'enfance. Ca a plutôt été l'inverse ... Elle, elle avait les deux pieds ancrés. Elle était plantée dans son sol comme l'aurait été un arbre centenaire, profondément enterrée, rabattue vers l'abysse quand elle tendait les doigts vers le ciel. Les racines étaient  profondes, solides, cruelles. Et c'est l'arrivée de Katharina qui a enfin, mis fin à son fardeau.

Le peuple de Témère qu'elle croyait son ennemi a rasé sa misère, amputé sa gangrène sans y penser deux fois. D'un claquement de doigt, l'affaire avait été réglée. Cela avait été si simple. Si rapide. Alors qu'elle, subissait depuis des années sans pouvoir se défaire à sa difficulté. La mort. Cela avait été radical. Et si elle avait pensé elle-même y avoir recours, bien avant les Témériens, elle n'avait jamais eu le cran, les tripes de mettre un terme à sa souffrance. Elle s'était toujours sentie rattachée à celle-ci, comme si, sans cette familiarité, elle n'était rien. Katharina lui a offert la chance de vivre, et l'opportunité ... d'être courageuse.


« Puisque vous ne pouvez tout ce que vous voulez, ne veuillez que ce que vous pouvez »


histoire

« On ne fait jamais ni tout ce qu'on veut... ni tout ce qu'on peut. »
• An mil deus cent quatre vint treze

Josie était de ces personnages passionnés à qui rien ni personne ne résistait. Les obstacles lui cédaient toujours puisqu’elle était trop entêtée, et les gens aussi, puisqu’ils étaient généralement séduits par sa détermination. Il fallait avouer qu’avec ses grands yeux bleus convaincants et son sourire convaincu, elle était absolument adorable. Difficile de ne pas tout lui offrir sur un plateau d’argent. Elle jouait de ses charmes pour obtenir quelques faveurs, chez le boulanger, ou chez le boucher. Les commerçants attendaient impatiemment qu’elle vienne les visiter, presque autant qu’ils redoutaient son arrivée, puisque dès qu’elle franchissait le seul d’une boutique, on se précipitait à lui faire plaisir ! Il leur arrivait de donner à Josie quelques provisions supplémentaires, sans qu’ils ne puissent se le permettre, ou de lui faire des promesses pour qu’elle revienne le lendemain. Josie était exquise. Une véritable poupée. Elle repartait toujours, de sa démarche légère, en laissant derrière elle des ensorcelés pantois.
Elle avait de longs cheveux ondulés, d’un roux crépusculaire captivant. De discrètes éphélides bien parsemées s’étalaient en travers de son nez et prenaient toute la place sur ses joues. Elle avait une frimousse polissonne et prenait un air encore plus malin quand elle plaçait ses poings sur ses hanches, en symbole de ténacité. Du haut de ses sept ans, Josie était très respectée des autres enfants, même des plus âgés. Dans les groupes de gamins, elle était généralement en tête des troupes. Elle était toujours la première à vouloir se battre à l’épée ou à jouer aux Ombrageux, elle était toujours la première à se dévouer, à prendre les risques lors des missions. Et souvent, elle était la première qu'on attrapait la main dans le sac... Elle écoutait très souvent les rumeurs, et se plaisait d’ailleurs à en commencer d’elle-même. C’était drôle, de voir se répandre ses humeurs, d’observer les gens se passer l’information précieusement, comme s’ils étaient détenteurs de secrets importants. Josie se tenait souvent sur les toits, s’asseyait au bord d’une charrette en grignotant une pomme verte ou se trouvait affalée sur une table du marché. Elle contemplait son Village, les yeux plissés, à la recherche du moindre dysfonctionnement, pour aussitôt se charger de le réparer - ou d'y participer. Tout le monde adorait Josie ! Sauf son père.

Il s’appelait Denis Bermot. Il avait les cheveux gris, rasés de très près. Comme il allait chez le barbier tous les deux ou trois jours - il n'y allait pas le dimanche - il était toujours impeccable. Si son crâne était exemplairement soigné, son menton lui, était recouvert d’une barbe touffue qui finissait en pointe. Il la peignait le matin, méticuleusement, en vérifiant sa coiffe dans un miroir crasseux. Il avait constamment le nez rouge et sa peau était irritée par endroits, à cause de cette maladie qu'on appelait « la fièvre du fondeur ». Il avait des rides de colère dans le coin de sa bouche et sous ses yeux. Un pli méchant longeait son front, gras de sueur furieuse. Le regard dur de Denis n’inquiétait personne au Village. On prenait ses ridules hargneuses pour des marques de rire, ou d'inquiétude. Oh il était toujours mort d'inquiétude le Bermot ! Pour sa santé surtout. Tous savaient que la vie ne l'avait pas gâté et qu'il était malade, terriblement malade. Sans oublier qu'avec sa gamine, la friponne qui lui donnait du fil à retordre, il n'était jamais au bout de ses peines ! Elle préférait s'enfuir de la maison pour aller vagabonder dans les venelles du Village, sans rien faire de sa journée que de s'amuser à des enfantillages. Tandis qu'il pleurait de la malchance d'avoir eu pour fille, une indomptable, et qu'il s'épanchait généreusement sur le nouveau symptôme dramatique qui lui rongeait les sangs, Josie le maudissait. Elle le maudissait, lui et ses tracas imaginaires !
Si Denis était en fait, véritablement malade, il se régalait à en abuser, il exagérait, amplifiait son affection. Il avait su tirer profit de ses tourments en trouvant plaisant qu'on s'intéresse à sa personne, prenne de ses nouvelles et écoute ses lamentations. On le plaignait et il baissait la tête, courbait le dos. On lui offrait ses bons sentiments, lui souhaitait de se rétablir et on demandait à Josie de prendre soin de son père, on faisait promettre à l'enfant de l'aider autant qu'il le faudrait. Denis adorait cela. Chez eux, il lui rappelait férocement ses promesses quand elle tirait malencontreusement la bouche vers le bas. Tout le monde le considérait comme très agréable, très amical. C'était un homme de mérite, un homme que la vie n'avait pas épargné. Il prétendait théâtralement être ardent, plein de courage et d'effort. On le sermonnait gentiment : « Voyons Monsieur Bermot, laissez faire la petite, ne vous mettez pas dans de tels états... avec votre condition. Le repos, c'est cela qu'il vous faut ! » « Tout à fait, un médecin vous dirait la même chose que nous, il ne faut pas vous fatiguer ainsi ! Vous allez vous briser les os. Josie est assez grande pour vous aider maintenant, vous seriez plus prudent de lui confier quelques tâches ménagères. Cela vous soulagera. » Quand on lui proposait de l'aide, Denis feignait d'être trop fier. Il levait les mains en l'air secouait la tête, les lèvres pincées d'indignation. « Ah il n'en est pas question ! Je ne vous le permettrai pas ! » Et puis il faisait comme s'il était finalement résolu. « Bon, je baisse les armes, vous avez gagné ! C'est bien parce que je sais que je n'ai aucune chance de vous raisonner. » Il était de ces gens qui se sous-estiment en public pour qu'on vante leurs mérites, pour qu'on les questionne, qu'on les réconforte, pour qu'on s'intéresse. En dépit de son jeu, Denis ne se sous-estimait pas. C'était même tout le contraire. Il se croyait supérieur à la masse et ... à n'importe qui finalement. Paysan ou artisan, enfant ou vieillard, personne ne lui arrivait à la cheville au Village. Et les autres, derrière le mur, n'avaient rien de plus que lui sinon un titre et de l'argent hérités. S'il avait été fils de Gouverneurs ou de Nobles, il aurait lui aussi, su tirer son épingle du jeu à l'Enclave.
Son métier l'exposait quotidiennement aux fumées de ses matériaux - il était chaudronnier et fondait le cuivre. Josie n'allait jamais le voir à l'échoppe. Elle le voyait assez à la maison. Denis avait pris pour habitude d'amplifier à l'excès tout ce qu'il annonçait comme « la vérité même ! », même avec Josie., surtout avec Josie. Il toussait trop fort, se raclait la gorge douloureusement, soupirait lourdement. Et Josie serrait les dents. A sept ans, on n'est pas encore assez conscient des défauts de ses parents, on ne les voit pas tels qu'ils sont. La gamine levait les yeux au ciel, marmonnait des « c'est pas juste » et formait des poings avec ses mains. Rarement, il lui arrivait de se mettre en colère. Mais Denis lui tapait sur la tête et c'en était fini du caprice.
Denis était un homme drôle. Il amusait la galerie avec ses petites plaisanteries faciles, ses fausses amitiés et ses sourires simulés. Il ne pensait rien de ce qu'il disait, méprisait chaque voisin, chaque collègue, chaque passant. Personne ne savait ce qui se tramait dans la tête de Denis, personne ne savait non plus, ce qui se tramait à l’intérieur de sa chaumière. Il n’y avait que la fille Bermot, la petite rouquine qui devenait muette quand l'ombre de son père passait le coin de la rue, qui avait une juste idée de ce dont il était capable.

Josie se savait détestée. Ce n'était pas un sentiment justifié, elle n'avait rien fait de mal pour le mériter. Jamais elle n'avait défié son autorité ou cherché à lui faire mauvaise réputation. C'était même bien tout le contraire. Elle s'évertuer à lui faire plaisir, à être à la hauteur, à lui apporter de bonnes nouvelles. Et lui, passait son temps à la battre. Quand le poing ou le pied de Bermot fatiguait, il déliait sa langue et se divertissait en critiques, en blâmes, en reproches. Il jurait souvent, de gros jurons très laids, dirigés une fois sur deux sur Josie, l’autre moitié du temps, sur tout et sur rien. Quand les choses allaient mal il était le premier à crier au drame ; et quand tout allait bien, il trouvait le moyen de blasphémer contre le ciel, contre la terre, peu importait. Il aimait autant chapitrer les gamins qui jouaient trop bruyamment devant sa porte, que les Villageois qui travaillaient dur dans leurs échoppes ou les bourgeois qui passaient lui acheter ses chaudrons. Il n'était pas ainsi devant les autres, surtout pas ! Seulement avec Josie. Il faisait attention. Il ne voulait pas ternir son image.

Josie avait chaque jour une boule dans le ventre, dans la gorge et dans le coeur, qui s'amenuisaient lorsqu'elle s'éloignait de la maison. Elle respirait mieux quand elle était seule. C'était agréable, cette légèreté. Alors Josie était saisie d'une fraîcheur étonnante. Elle sautait partout, guillerette, enjouée de tout. Josie était curieuse. Parfois, elle partait un peu plus loin que le jour précédent. Et il lui semblait voler.


« La curiosité est un vilain défaut ! Elle ne mène à rien. »
• An mil deus cent quatre vint dis set

Il fallait toujours qu'elle revienne avant lui. C'était primordial afin d'éviter la raclée. Si elle oubliait qu'il était temps de rebrousser chemin, parce qu'elle était concentrée sur une nouvelle découverte ou perdue dans ses pensées, Denis l'attendait de pied ferme. Et à la vue de la mine contrariée de sa fille, il faisait grincer sa mâchoire d'impatience et haussait les sourcils, réjoui d'avoir une bonne raison de passer à l'action. Les punitions de Josie s'exécutaient toujours dans le secret de la chaumière Bermot. Jamais il n'aurait osé lever la main sur elle au dehors, devant les voisins ou les passants. Quoique certains Villageois savaient garder un secret...
Madame Dacquignies était une jolie femme. Elle aimait bavarder, elle aimait aussi être au courant de n'importe quelle nouveauté scandaleuse ou étonnante. Son gosier de commère allait de bon train le lundi matin quand elle libérait ses potins, frais du dimanche. Elle savait des choses sur les gens de tout Vivendale. Et un jour, alors qu'elle passait par la rue du tonnelier, elle longea la maison Bermot. Josie avait laissé les volets ouverts et Denis était pris d'une folie passagère. La petite avait les mains en l'air. Son père aussi. La raison de cette punition, la curieuse ne la devinera jamais. Mais elle sut dans l'instant, que rien ne valait une correction de cette ampleur. Quand elle croisa les prunelles effrayées de l'enfant, elle se figea. Josie paniqua, pensa immédiatement que c'en était fini. Si la bavarde révélait ce qu'elle avait vu, Denis serait fou de rage. L'enfant ne donnait pas cher de sa petite vie après cela. Peut-être que ce fut cette affreuse pensée qui fit comprendre à la commère qu'elle n'avait rien à faire à regarder par la fenêtre des autres ; peut-être aussi qu'elle était trop terre-à-terre pour répandre de tels allégations - on ne l'aurait jamais crue - ou peut-être était-elle tout simplement trop lâche pour parler. Quoi qu'il en fut, ce jour-là, derrière la fenêtre, Madame Dacquignies baissa la tête et poursuivit sa route. Et jamais elle raconta ce qu'elle avait vu.


« La vie est faite de détails, et d'opportunités »
• An mil deus cent quatre vint dis uit

C’était devenu une habitude d’entrer profondément dans le bois. Elle voulait rencontrer des ombrageux. Pourquoi ? A cause de ces rumeurs flottantes qui chatouillaient sa curiosité, de ces histoires aux allures mystiques bien trop tentantes pour être ignorées ; une seule solution s’offrait à Josie : les prouver. Il y avait une seconde raison, à ce besoin d’aller tenter le diable : elle savait que c’était risqué... extrêmement risqué. Et le danger l’attirait, inexorablement.

Au début, elle allait fouiller la forêt avec ses amis. Au fil des escapades, ceux-ci baissèrent les bras, ou eurent trop peur pour continuer. Josie poursuivit la chasse, en solitaire certes, mais plus déterminée que jamais. Peut-être qu’elle ne tomberait sur personne… parce que personne ne vivait dans la forêt et que les murmures sur les Ombrageux n’étaient que des contes pour enfants, répandus par les familles pour que les petits ne dépassent pas la lisière. Les amis de Josie la mettaient en garde, tentait de la tirer de ses idées farfelues d'Ombrageux imaginaires et de Guilde salvatrice. Rien ne les attendait par delà la forêt, et personne ne viendrait les sauver de leur condition... Surtout pas des êtres redoutables tels que les membres de l'Ombre, s'ils existaient, ils ne prendraient pas Josie sous leur aile, ils lui trancheraient la gorge. Les autres enfants, eux, ne croyaient plus aux légendes. Ils levaient les yeux au ciel quand elle prenait la direction des bois, un morceau de pain dans la poche et les joues colorées d’un rouge intrépide. Même si l’évidence s’imposait, la gamine s’entêtait.

Si elle n’avait pas eu affaire à des espions entraînés pour être discrets, Josie aurait sûrement pu apercevoir dans les fourrés un morceau de cape d’un sombre rouge, ou derrière un tronc épais le bout d’une botte en cuir… C’était mieux ainsi, pour l’instant. Les figures de l’Ombre la surveillaient, sans pour autant l’approcher. Pas tout de suite … pas encore. Ils attendirent. Mais ils attendirent trop longtemps, puisque la semaine suivante, les visites sylvestres de Josie cessèrent.

Elle aurait été une merveilleuse recrue de la Guilde. Sa vie aurait changé du tout au tout. Elle aurait appris à aimer Vivendale, elle aurait appris qu’elle pouvait espérer, elle aurait appris que finalement, rien n’était interdit. Elle aurait eu cette enfance magique dont elle avait été privée. Et elle aurait eu dans son entourage, des gens sur lesquels elle aurait pu compter, et qui aurait pu l’aimer.  Rien ne se passa comme prévu. Les illusions enfantines de Josie furent chassées d’un revers de la main. Son père la fit redescendre sur terre.


« Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, et de son temps. »
• An mil deus cent quatre vint dis noef

Il l’avait faite marier.

Se marier à treize ans n’avait rien de bien exceptionnel au Village. Même si Denis avait offert sa fille le plus tôt possible. Pas de dot, aucune promesse d’enrichissement futur, pas de longue discussion ni de compromis ; Bermot avait fait une sacrément bonne affaire. Il en avait même tiré très bon prix ! Quelques pièces en guise de bonne foi, et l’assurance d’en recevoir davantage chaque samedi. C’était bien plus intéressant que de garder Josie à la maison, où elle rapportait bien moins que cela.

C’était un jeune bûcheron qui avait demandé sa main. Josie n’avait pas contesté. Elle avait même été heureuse que son père la mette à marier, rien n'était plus réjouissant que de le quitter. L'héroïque fiancé s’appelait Auguste Bomant, il avait vingt-trois ans. Il était physiquement, des plus affreux ; mais son caractère était des plus doux. Quand il vint la chercher pour l’épouser, Josie crut qu’elle fut sauvée. Il portait une veste pour l’occasion, claire, sans tache, un peu effilochée mais bien coupée. Il avait belle allure et tenait dans ses mains, un bouquet de pimprenelles roses. Il lui avait souri, et le cœur de jeune fille de Josie, avait explosé en un million de petites joies. Elle l’aima aussitôt. L’amour qu’elle éprouva instantanément fut certainement, amplifié par la détresse et par le fait qu’elle n’avait jamais été si aimée que par Auguste ; mais elle le sut vrai.

On fit la prière, puis noua le ruban. Et on les félicita chaleureusement en poursuivant la cérémonie chez le marié, dans la chaumière familiale. Auguste et Josie avaient imprimé sur leurs bouches, un sourire permanent. Il avait bonne réputation, était de bonne famille, et Josie était aux anges. Elle le regardait sans cesse, le coeur gonflé, le nez rosi. Lui, s'autorisait quelques coups d'oeil, encore un peu timides, discrets, puisqu'il n'osait pas tout à fait. Il lui vola un baiser dans la soirée. Ils mangèrent exceptionnellement du faisan, et la mère d'Auguste cajola Josie comme si elle avait été propre fille. La mère Bomant n'avait eu que des fils, et elle passa des heures à suivre Josie, une main tendre dans ses longs cheveux roux, l'autre sur son épaule, les yeux pétillants. Denis riait à gorge déployée, une fourchette avide dans sa main droite, un verre à pied toujours rempli au bout des doigts de sa main gauche. Il en profita et se régala d'avoir eu autant de chance. Il se régala encore l'année suivante, s'imposa aux repas et aux veillées. Il fit sa place, comme une mousse parasite un sol. Et Josie devint sévère. Elle se confia à Auguste sur les sentiments de colère qui l'envahissaient quand il était là, ce besoin de prendre de la distance avec son père, et cette peur omniprésente qu'il s'enracine dans leur nouvelle vie. Auguste lui reprocha d'être rude et ingrate, tandis qu'il trouva Denis de bonne compagnie. Il ne put se rendre compte, puisque le vieux était toujours de bonne humeur en public. Et puisque Josie s'efforça de lui faire comprendre qu'il était tout le contraire de ce qu'il prétendait, bientôt, Auguste la pensa pénible, désagréable et égoïste. Un jour elle avoua à son époux - ce qu'elle n'avait jamais dit à personne - qu'il avait des humeurs violentes, et Auguste crut qu'elle inventait.


« Fais attention à ce que tu souhaites... »
• An mil treis cent

Elle était comme éteinte, la tête basse, les joues creuses et le dos plié. L'amitié entre Auguste et son père la déchirait. Son mariage était un échec. Elle évitait son époux autant que possible, et lui, ne la voyait même plus quand il la croisait. C'était un poids terrible, et le malheur la rongeait, bien davantage que du temps où elle habitait chez Denis. Son estomac se tordait dans tous les sens pendant qu'Auguste passait devant elle sans lui accordait la moindre attention, quand il se glissait sous les draps la nuit et lui tournait le dos, ou lorsqu'il retirait sa main à toute vitesse alors que, accidentellement, leurs mains venaient de se toucher.

Thibby, la mère d'Auguste, était l'unique once de réconfort. Elle était la seule à la croire, et elle détestait Bermot autant que Josie. La jeune fille pleurait souvent dans ses bras, désespérée de retrouver la tendresse de son mari, tandis que Thibby lui caressait les cheveux, l'embrassait tendrement comme une mère console son enfant. Dans son chagrin se mêla la rancoeur. Et elle souhaita des choses effroyables. « Je voudrais qu'il meure. » La mère secoua la tête. « Non ma chérie, tu ne veux pas cela. La colère encombre tes pensées en ce moment ; mais non, tu ne voudrais pas qu'il meure. » Elle souleva le menton de l'enfant doucement et croisa son joli regard bleuté. « Maudire est pêcher. Prie les Dieux Josie, prie pour qu'Auguste te revienne. Et il en sera ainsi. » La petite fronça les sourcils. Elle avait pris l'habitude que Thibby se range de son côté, mais elle en avait assez de ce manque de réaction, elle en avait assez de pleurer. Se lamenter était inutile, elle voulait faire quelque chose. Josie se retira des bras de son amie. « Non. Non, cela ne mène nulle part de prier pour que tout s'arrange. Je souhaite qu'il meure ! Je veux que mon père meure ! » D'un bond, elle sauta sur ses pieds. « C'est la seule façon de tout résoudre ! Il faut qu'il disparaisse. Et je veux qu'Auguste réalise à quel point il a eu tort de me trouver vilaine, qu'il comprenne que mon père est une âme laide ! Je désire ... oui, je désire, qu'il le déteste et qu'il se jette à mes pieds en implorant mon pardon, je veux qu'il le déteste comme moi je le déteste, comme toi tu le détestes. Je veux qu'il sache qu'il avait eu tort de lui faire confiance et qu'il a perdu ma confiance en échange, qu'il a perdu la chance de m'aimer ! Je veux qu'il comprenne qu'il a mal choisi. Je veux qu'il souhaite la mort de mon père. » Thibby leva une main pour l'arrêter, mais Josie l'ignora. Elle déversa sa frustration, toujours plus piquante, l'amertume grimpante. « En fait, je veux qu'il meure lui aussi. Je veux qu'Auguste meure. » Un cri offusqué ; « Josie ! » La femme porta une main à son coeur, livide. Josie haussa les épaules, le regard dur. Elle aurait voulu avoir raison, mais elle sut qu'elle avait proféré de terribles paroles, des mots qu'il ne fallait jamais prononcer à la légère. A Vivendale, ce genre de discours montait jusqu'aux Cieux. Et elle regretta aussitôt. Elle tenta de faire passer la boule dans sa gorge et tripota ses ongles en baissant la tête. « Je ... » « Tu ... ? Tu quoi ? » Sa voix fendilla l'air. Josie eut soudain, extrêmement froid. Ce n'était pas parce que la porte était ouverte, c'était comme si la haine qui tourbillonnait dans la pièce avait le pouvoir de glacer le sang. Elle crut mourir de honte. Il était planté là, dans l'entrée, pâle, le front plissé. Il la regardait, sans comprendre. Il ferma doucement la porte, ses yeux perçants ne quittèrent pas ceux de Josie. La fraîcheur du dehors obstrue, elle eut beaucoup trop chaud. Un feu ardent s'empara de tous ses membres, de ses pieds et de sa tête, de ses mains et de sa poitrine. Elle lut dans les prunelles d'Auguste, ce qu'il y eut de pire. La déception, le regret d'être lié à elle. « Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu ne sais rien. » Il était toujours si calme. Il l'était davantage encore à cet instant. Cela la mortifiait. Il ouvrit les bras et les laissa retomber mollement contre ses flancs. « T'es qu'une enfant. Comment pourrais-tu savoir ? » Il se posait la question à lui même et fit claquer sa langue à son palais. Il plongea son regard boisé dans celui de sa femme et énonça ses vérités. « Ce n'est pas ton père le problème, Josie. Et ce n'est pas moi. Ce n'est pas que je ne veux pas te croire ou que je ne t'écoute pas. Le problème, c'est toi. Toi et tes mensonges. J'en ai assez...  » Il soupira, dépité : « Tu deviens ... tu deviens folle Josie. » Il secoua la tête, comme s'il avait été trahi. Auguste retira lentement son manteau, ses bottes crottées et son chapeau d'hiver. Il suspendit les vêtements au crochet de la porte, puis glissa ses chaussures sur la petite étagère de l'entrée. Et d'une voix engourdie, il annonça aux deux femmes : « Je monte me coucher. » Il passa devant son épouse, dont la peau était plus blanche encore que celle d'un cadavre. Elle avait croisé les bras, se recroquevillait pour être le plus transparente possible. Il embrassa sa mère sur le front et grimpa les marches de l'escalier.

Ce soir-là en s'allongea dans son lit, Josie se serra sur le bord du matelas, le plus loin possible du corps d'Auguste. Elle pleura toute la nuit. Auguste ne la consola pas, il pensa seulement que ses sanglots l'empêchaient de dormir et qu'il serait fatigué le lendemain. Après cette nuit-ci, Josie ne pleura plus ; plus jamais. Jusqu'à la guerre.


« Être vivant, ce n'est pas simplement être en vie »
• Date de la Guerre d'Un-Jour

La mort. Partout. Des cris de terreur, des cris d'horreur, et des cris barbares. Des cris de guerre. On courait à chaque coin de rue. C'était un bal de voltige. Les robes grises se dandinaient mortellement ; les chevaux piétinaient gracieusement des bras, des torses, des têtes ; des lances affamées embrochaient des corps dansants et des enfants revêtaient des costumes sanglants. Thibby participait au spectacle. Elle gisait là, dans une marre de cadavres rougis. Elle n'avait pas l'air endormie, elle n'avait pas l'air soulagée. Elle avait l'air de souffrir. Son visage était resté figé dans une expression de douleur, comme si la sensation de ce trou dans sa gorge l'avait suivie dans l'Après. Josie était à ses côtés. Elle avait posé la tête de sa mère sur ses genoux, et lui caressait les cheveux, comme Thibby l'avait si souvent fait pour elle. La jeune fille s'appliquait dans ses gestes, soucieuse de bien faire. Mais sa main tremblait irrémédiablement.

Elle ne sut pas ce qu'il advint d'Auguste. Mais quand elle laissa le corps de Thibby pour aller chercher celui de son mari, elle tomba sur Denis Bermot. Il était adossé à un mur, qu'il avait barbouillé de rutilant. Il releva le nez quand elle s'arrêta devant lui. Sa vue était probablement trouble puisqu'il cligna des yeux plusieurs fois avant d'afficher un sourire. Un sourire comme Denis en avait le secret, un sourire perfide. Il tendit les doigts vers elle en murmurant son nom. « Aide-moi... Aide-moi Josie » Aucune compassion n'effleura Josie. Mais elle s'accroupit près de son père et posa une main sur son genou. Les mots passèrent l'ourlet de sa bouche sans qu'elle ne puisse les retenir. Ils filèrent, retenus, réprimés depuis trop longtemps. « Je suis désolée. » C'était curieux. Denis s'étonna. Il toussa ; de la salive sanguine coula d'entre ses lèvres. Franc, presque dans un geste de réconfort, il posa sa paume calleuse sur la main de la rouquine et marmonna, d'une voix à peine audible. « Ce n'est pas d'ta faute... » Dans un effort, il ajouta : « Ces putains d'Témériens ... » Mais elle n'entendit pas. Elle ne se soucia pas de ce qu'il avait à dire, parce qu'elle n'en avait rien à faire. Elle, elle avait des choses à avouer. « Je suis désolée d'avoir été ta fille. » Les yeux du vieux détaillèrent le minois de Josie, si innocent habituellement. Cette fois, sa figure n'avait rien d'innocent. Il ne comprit pas, pensa qu'elle délirait. « Je suis désolée que toi, tu ne l'aies jamais été. » Elle aussi, releva les yeux et les planta dans ceux de Bermot. Elle approcha son délicat visage de celui de son père, irrité de maladie, endommagé par le combat. Ils furent si près l'un de l'autre que Denis put distinguer chaque étincelle de triomphe dans les jolies mirettes. Les rôles étaient inversés. Josie le dominait, et lui, était affalé, trop abattu pour se redresser. Il la trouva menaçante et sa bouche abîmée dessina un rictus. « Tu aurais dû l'être. Pour tant de choses.... Tu sais, il y a peu, j'ai commencé à prier. J'ai prié pour que tu meures, pour te voir mort. J'ai prié pour ma liberté - parce que je ne serai libre que lorsque tu seras parti. Thibby m'avait dit que ces serments-là possèdent une puissance étrange. Je suppose qu'elle avait raison. » Ses doigts se resserrèrent sur la jambe de Denis. « Ces voeux de destruction sont si puissants qu'ils entraînent des conséquences indésirables. Il aurait été égoïste d'exiger ta mort si cela signifiait celle d'une centaine d'autres... » Elle ravala un sanglot. « Et pourtant.. Et pourtant ! Regarde autour de nous, papa. Regarde le chaos qu'engendre les prières aux Dieux du Nord ! » Elle soupira. « Thibby est morte. » Et puis elle pensa à son époux. « Tu as vu Auguste ? » Denis la jugea devenue folle. « Peu importe. Je vais rester avec toi. » Il secoua la tête vigoureusement. « Vas chercher quelqu'un ! Vas chercher un soigneur ! » Il la repoussa aussi fort qu'il put. Elle se recula sans broncher et s'accroupit un peu plus loin. Calmement,
elle répondit. « Non. » Il s'emporta, le visage furieux. « Vas chercher un soigneur Josie ! J'vais crever là ! » Elle n'ajouta rien d'autre, mais elle acquiesça. Et un voile de stupeur passa sur le faciès du mourant.

Denis succomba à ses blessures quelques minutes plus tard, alors qu'il s'égosillait à appeler à l'aide. Quand ce fut fini, Josie se leva, frotta ses jupons et tourna le dos à son père pour la première, et dernière fois.

On s'occupa des morts plus tard. Elle était certaine que Thibby avait rejoint le Helneim. Denis aussi, sûrement. Elle apprit qu'Auguste avait été capturé par les guerriers de Témère. Et elle assista à sa remise en liberté lorsque Katharina gracia tous les prisonniers. Thibby aurait été soulagée de ce dénouement, même si Josie, elle, ne savait pas vraiment quoi où se situer. Son mari ne vint pas lui parler, ni après la Guerre, ni après le mariage de William et Serena, ni après cela. Il garda ses distances. Elle fit de même, pour lui faciliter la tâche.

**

Aujourd'hui, Josie habite une maison de l'Enclave avec quelques autres femmes. Des veuves, des mères, des orphelines. Il y a trois Témériennes et quatre Nordiennes, en plus d'elle. Elle s'y plait beaucoup. Elle a trouvé ce sourire des enfants, cette témérité d'avant et cet étrange espoir dont elle se croyait seule détentrice, un idéal.




behind the computer
 
Un peu de fraîcheur, un peu de jeunesse... Depuis le temps que je veux faire un jeune perso hihi... Enfin, Josie a 16 ans donc elle n'est plus vraiment une enfant. Même si son enfance commence tout juste :) Donc voici l'adorable Josie, qui me trotte dans la tête depuis cet été ! Elle arrive enfin ! J'ai eu du mal à trouver l'avatar parce que j'avais déjà le perso en tête. Samantha Isler n'a pas de taches de rousseurs comme dans ma description ... mais elle est super mimi et colle assez bien au caractère de Josie. Au fil de l'écriture, le perso a un peu changé, n'est pas tout à fait comme prévu au départ. Mais déjà, dans ma tête, elle avait environ dix ans. Et il faut que le caractère aille de pair avec le visage. Elle est adaptée, il y a un  peu plus de tragique aussi dans son histoire (De base, Auguste et Thibby n'étaient pas au programme). Mais ça fait plus ... "expia" !
Josie est super heureuse de rejoindre les rangs des expiés, un tonnerre d'applaudissements ?! *clap clap clap clap clap*
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Sam 6 Jan - 1:24

INFO → changement d'avatar. Isolda Dychauk devient Josie


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